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Guerre au Moyen-Orient : l’Iran rouvre le détroit d’Ormuz au commerce pendant la trêve au Liban

L’Iran annonce, vendredi 17 avril, la reprise du passage commercial dans le détroit d’Ormuz pour la durée restante d’un cessez-le-feu que Téhéran ne définit pas clairement.

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L’Iran affirme rouvrir, au moins provisoirement, l’un des points de passage les plus sensibles du commerce mondial. Le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé vendredi que le transit des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz était « complètement ouvert » pendant la période restante du cessez-le-feu, en précisant que la navigation devait suivre un itinéraire coordonné à l’avance par l’Organisation iranienne des ports et des affaires maritimes.  Le ministre n’a toutefois pas précisé de quelle trêve il parlait exactement, alors qu’un cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur entre Israël et le Liban et qu’une autre pause, distincte, concerne en parallèle les hostilités entre les Etats-Unis et l’Iran.  

Cette annonce marque un tournant immédiat après des semaines de tension extrême autour du détroit, axe stratégique par lequel transite une part décisive des exportations mondiales d’hydrocarbures. La réouverture a été interprétée par les marchés comme un signal de désescalade. Selon plusieurs médias, les prix du pétrole ont fortement reculé vendredi après les déclarations iraniennes et américaines sur le rétablissement de la circulation.  

Washington maintient la pression

Donald Trump a aussitôt revendiqué un résultat politique plus large. Le président américain a affirmé que l’Iran avait accepté de « ne plus jamais fermer le détroit d’Ormuz » et a ajouté que les Etats-Unis retiraient des mines dans la zone. Ces affirmations ont bien été rapportées par plusieurs agences et médias, mais elles relèvent à ce stade de la version américaine. Téhéran, dans les comptes rendus disponibles vendredi, confirme la réouverture du passage commercial pendant la trêve, sans reprendre publiquement, dans les mêmes termes, l’engagement avancé par Trump sur une renonciation définitive à utiliser le détroit comme moyen de pression.  

Washington n’entend pas, pour autant, relâcher l’étau sur l’Iran. Donald Trump a déclaré vendredi que le blocus naval américain visant les navires et ports iraniens resterait « pleinement en vigueur » jusqu’à la conclusion d’un accord complet avec Téhéran. Autrement dit, la circulation générale dans le détroit reprend, mais le dispositif coercitif américain contre l’Iran demeure. C’est toute l’ambiguïté de la situation. D’un côté, la Maison Blanche met en avant un apaisement sur la liberté de navigation. De l’autre, elle conserve un levier de pression majeur dans la négociation.

Une initiative européenne pour sécuriser le passage

A Paris, la réouverture annoncée par l’Iran ne suffit pas aux Européens. La France et le Royaume-Uni ont réuni vendredi une quarantaine de pays, selon Reuters, ou près de cinquante, selon d’autres comptes rendus, pour discuter d’une initiative multinationale de sécurisation du détroit d’Ormuz. Emmanuel Macron et Keir Starmer ont plaidé pour une réouverture pleine, immédiate et durable de la voie maritime, alors que les capitales européennes cherchent à éviter qu’une détente de circonstance ne soit suivie d’un nouvel épisode de fermeture ou d’attaques contre le trafic commercial.  

Le gouvernement britannique a détaillé, avant la réunion, son objectif de constituer une mission multinationale « strictement défensive » pour protéger la liberté de navigation, soutenir le déminage et rassurer les armateurs. Londres a confirmé qu’un sommet militaire de planification doit se tenir la semaine prochaine à Northwood. Reuters rapporte, de son côté, que plus d’une douzaine de pays seraient prêts à contribuer à cette mission, même si son déploiement effectif dépendra des conditions de sécurité et de l’évolution des hostilités.  

Cette prudence européenne tient à la fragilité du moment. L’Italie se dit prête à participer, mais préfère attendre la fin des combats pour une mission de sécurisation. L’Allemagne souhaite, selon Reuters, un cadre qui associe les Etats-Unis ou, à tout le moins, une architecture suffisamment robuste pour éviter que l’opération ne soit perçue comme un engagement direct dans la guerre. L’enjeu, pour Paris et Londres, est double. Il s’agit de défendre un principe de droit maritime et de protéger un intérêt économique immédiat, sans être aspirés dans l’escalade régionale.

Le dossier libanais reste explosif

Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur dans la nuit de jeudi à vendredi, sous médiation américaine. En théorie, l’accord peut être prolongé par consentement mutuel et ouvrir la voie à des discussions sur un arrangement plus durable. Il laisse toutefois pendantes plusieurs questions décisives, à commencer par le maintien de forces israéliennes dans une zone de sécurité au sud du Liban et le statut militaire du Hezbollah. 

Donald Trump a affirmé vendredi que les Etats-Unis avaient interdit à Israël de poursuivre ses bombardements au Liban. Cette déclaration engage pour l’heure Washington, sans avoir été reprise publiquement par Israël dans les mêmes termes. Benyamin Nétanyahou a, lui, tenu une ligne plus dure, en avertissant qu’Israël n’avait « pas encore fini le travail » contre le Hezbollah et qu’un démantèlement du mouvement ne se ferait pas en un jour. La trêve suspend donc les opérations offensives, sans régler l’objectif stratégique affiché par le gouvernement israélien. 

Sur le terrain, les premiers signes restent contrastés. Le cessez-le-feu tient dans l’ensemble, mais dans un climat de défiance marqué. Des déplacés regagnent des zones en grande partie détruites, tandis que l’armée israélienne conserve des positions dans le sud du pays. Le Hezbollah, de son côté, n’a pas endossé sans réserve les paramètres de l’accord et conteste toute liberté d’action laissée à Israël sur le territoire libanais. Un incident local, une frappe présentée comme défensive ou une violation alléguée de la trêve suffiraient à fissurer un équilibre déjà précaire

Une accalmie, pas encore un règlement

Le détroit d’Ormuz, verrou maritime crucial pour les flux énergétiques mondiaux, est rouvert au trafic commercial pendant la trêve annoncée par Téhéran. Mais cette détente reste bornée dans le temps, politiquement ambiguë et militairement réversible. L’Iran n’a pas précisé la portée exacte de son engagement. Les Etats-Unis maintiennent leur blocus contre les ports iraniens. Les Européens préparent déjà une mission de protection de la navigation, preuve qu’ils ne considèrent pas la crise comme réglée.  

A court terme, la réouverture du détroit desserre la menace la plus immédiate sur le commerce maritime et sur les prix de l’énergie. A plus brève échéance encore, tout dépendra de la solidité des cessez-le-feu en cours et de la capacité des acteurs à transformer cette suspension des hostilités en mécanisme durable. Pour l’heure, Ormuz redevient un passage. Il n’a pas cessé d’être un levier. 

 

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