Paris réunira début janvier les alliés de l’Ukraine pour finaliser des garanties de sécurité, après des progrès dans les pourparlers. 
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Paris réunira début janvier les alliés de l’Ukraine pour finaliser des garanties de sécurité, après des progrès dans les pourparlers. 

Le calendrier diplomatique autour de la guerre en Ukraine s’accélère à nouveau, avec un point de convergence annoncé à Paris. Le président français Emmanuel Macron a indiqué qu’une réunion des alliés de Kiev se tiendrait début janvier dans la capitale, dans le cadre des garanties de sécurité destinées à encadrer un éventuel accord mettant fin aux combats. Cette séquence intervient après des échanges présentés comme plus constructifs entre Washington et Kiev du 28 décembre en Floride, tandis que Moscou maintient des exigences territoriales maximalistes qui continuent de structurer le rapport de force.
Selon plusieurs sources proches du dossier, l’objectif de la réunion parisienne serait de finaliser les contributions concrètes des pays engagés aux côtés de l’Ukraine au sein de la coalition dite des volontaires, c’est à dire le dispositif politique impulsé par Paris et Londres pour préparer l’après cessez le feu et donner de la crédibilité à une paix dite juste et durable.
Dans un message publié après des échanges avec Volodymyr Zelensky et Donald Trump, Emmanuel Macron a fait état de progrès sur les garanties de sécurité, qu’il présente comme l’architecture centrale d’un règlement durable. Le chef de l’État français a annoncé qu’il réunirait à Paris, début janvier, les pays de la coalition des volontaires afin de finaliser les engagements de chacun.
Cette réunion s’inscrit dans une continuité déjà revendiquée par l’Élysée. Fin novembre, lors d’une visioconférence de la coalition, Emmanuel Macron décrivait un format regroupant trente cinq pays mobilisés depuis plusieurs mois, et insistait sur une logique à deux étages. D’abord un mécanisme de surveillance et de suivi du cessez le feu s’appuyant notamment sur des moyens d’observation et d’imagerie. Ensuite des forces de réassurance en second rideau destinées à consolider la posture de défense ukrainienne, avec un pilotage franco britannique et une association évoquée de la Turquie sur le volet maritime, ainsi qu’une implication américaine mentionnée par la présidence française.
Autrement dit, Paris cherche à transformer un concept politique en paquet opérationnel, en précisant qui apporte quoi, sous quelle forme, avec quel mandat, et selon quel calendrier. C’est précisément ce niveau de détail, souvent laissé volontairement flou pour préserver l’unité, qui devient incontournable dès lors qu’un accord de cessez le feu semble plus proche.
L’annonce française intervient dans la foulée d’un rendez vous très suivi entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, tenu en Floride, à Mar a Lago, le 28 décembre 2025. Les deux dirigeants ont évoqué l’état des discussions et une proposition américaine de garanties de sécurité. Selon Volodymyr Zelensky, les États Unis auraient mis sur la table un engagement de quinze ans, prolongeable, tandis que le président ukrainien plaide pour une durée bien plus longue, allant jusqu’à cinquante ans, afin de dissuader toute reprise de l’agression russe.
Cette divergence n’est pas qu’une querelle de chiffres. Elle renvoie à la question structurante de la crédibilité des garanties. Une garantie courte, ou perçue comme politiquement réversible, peut être jugée insuffisante à Kiev face à un adversaire qui a déjà démontré sa capacité à tester les lignes rouges. À l’inverse, des garanties trop ambitieuses ou trop proches d’un mécanisme de défense collective peuvent se heurter aux limites politiques des capitales occidentales, à commencer par les processus de ratification parlementaire et la sensibilité à tout ce qui ressemble à une extension implicite de l’article cinq de l’Otan.
Sur le fond, des éléments du cadre en discussion ont été rendus publics par des sources de presse et par des dépêches. Reuters a notamment décrit un projet ukrainien structuré autour d’un plan en vingt points, censé servir de base à un futur accord, comprenant l’affirmation de la souveraineté ukrainienne, des mécanismes de non agression, des garanties de sécurité robustes, et un volet de supervision internationale. Deux sujets resteraient particulièrement litigieux, le contrôle du territoire et le devenir de la centrale nucléaire de Zaporijjia.
La centrale, située près de la ligne de front et sous contrôle russe depuis 2022, apparaît comme un nœud à la fois symbolique, énergétique et sécuritaire. Les discussions évoquées font ressortir des visions opposées sur sa gouvernance future, ce qui illustre l’ampleur des arrangements techniques à résoudre même si un cessez le feu était conclu sur le papier.
En parallèle, le Kremlin continue de fixer une condition de fond qui réduit l’espace de compromis. Selon Reuters, Dmitri Peskov a affirmé que l’Ukraine devrait retirer ses troupes des zones du Donbass qu’elle contrôle encore pour parvenir à la paix, tout en laissant entendre qu’en l’absence d’accord Kiev risquerait de perdre davantage de territoire. Le même jour, Moscou évoquait aussi la perspective d’un nouvel échange entre Vladimir Poutine et Donald Trump, sans signal de contact direct attendu entre Poutine et Zelensky.
Cette position confirme la lecture russe d’une négociation conçue comme une formalisation politique d’un rapport de force militaire, davantage que comme une transaction équilibrée. Elle met également au défi les Européens, car les garanties de sécurité ne pourront être crédibles, aux yeux de Kiev, que si elles sont adossées à une posture occidentale capable de dissuader une reprise des opérations, y compris si l’accord venait à être contesté ou contourné.
La réunion annoncée à Paris répond à une double nécessité. D’abord, éviter que la discussion sur la paix ne se réduise à un tête à tête Washington Moscou où l’Ukraine et les Européens seraient en position d’acceptation ou de refus, plutôt qu’en situation de co conception. Ensuite, donner aux garanties de sécurité une consistance concrète, ce qui implique des arbitrages capacitaires et budgétaires, mais aussi des choix politico militaires qui engagent les opinions publiques.
Sur ce point, la présidence française a déjà fourni un lexique révélateur. En novembre, Emmanuel Macron insistait sur la surveillance du cessez le feu, la pression par les sanctions, la lutte contre la flotte fantôme, et l’idée de forces de réassurance. Ces termes visent à concilier deux impératifs difficiles à marier. D’un côté, rassurer l’Ukraine en montrant que l’Occident ne se contentera pas de signatures. De l’autre, éviter l’image d’un déploiement directement combattant qui pourrait être présenté par Moscou comme une escalade.
La coalition des volontaires sert ici d’outil de flexibilité. Elle permet d’agréger des contributions variables, allant du renseignement à la formation, de la défense aérienne à la dimension maritime, du soutien logistique à des mécanismes de suivi, sans imposer à tous les membres un même degré d’exposition. Elle offre aussi un cadre politique utile pour articuler l’effort européen avec l’implication américaine, qui reste la clé de voûte de la dissuasion aux yeux de Kiev.
Même si les capitales occidentales affichent une volonté d’accélération, plusieurs lignes de fracture persistent.
La première concerne la nature exacte des garanties. Une garantie écrite sans capacité de réaction rapide risque de n’être qu’un signal politique. À l’inverse, un mécanisme trop proche d’une protection type Otan pourrait buter sur des veto politiques internes et sur l’hostilité russe, Moscou ayant déjà déclaré refuser tout déploiement de troupes de pays de l’Otan en Ukraine, selon des éléments rapportés par l’agence AP.
La seconde touche au territoire lui-même. Les discussions évoquées autour du Donbass et de possibles arrangements techniques, y compris des idées de zone démilitarisée mentionnées par la presse, posent une question centrale à Kiev, celle de la légitimité interne d’un compromis. Volodymyr Zelensky a indiqué vouloir soumettre tout accord majeur à une validation nationale, ce qui implique des séquences juridiques et politiques délicates en temps de guerre et en sortie de guerre.
La troisième porte sur la temporalité. Les acteurs parlent d’un accord proche, mais les sujets restants sont précisément ceux qui font échouer les négociations depuis des mois, voire des années, à savoir la sécurité, le contrôle territorial et les garanties de non répétition.
À court terme, la réunion parisienne pourrait produire trois effets concrets.
D’abord, clarifier une offre occidentale structurée, lisible par Kiev comme par Moscou. Ensuite, organiser la séquence diplomatique pour éviter un accord politiquement fragile, faute d’adossement européen. Enfin, préparer l’après cessez le feu sur le plan militaire, avec des mécanismes de surveillance et de réassurance capables de réduire la probabilité d’une reprise rapide des hostilités.
Mais l’issue dépendra, in fine, de l’équation tripartite. Un accord acceptable pour Kiev sans garanties solides paraît improbable. Des garanties solides sans implication américaine substantielle paraissent difficiles. Et une implication américaine substantielle reste exposée aux cycles politiques et aux arbitrages stratégiques de Washington. C’est précisément dans cet espace, entre promesse politique et engagement opérationnel, que Paris tente de peser, en faisant de la capitale française un lieu où l’Europe cherche à passer du commentaire à la capacité.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).