Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a déclaré ce vendredi à Rome qu’il s’attendait à recevoir « dans la journée » une réponse iranienne aux propositions américaines visant à mettre fin au conflit. Cette attente intervient alors que le détroit d’Ormuz, passage stratégique du commerce énergétique mondial, redevient le centre de la confrontation entre Washington et Téhéran.
« Nous attendons une réponse de leur part dans la journée », a déclaré le chef de la diplomatie américaine devant des journalistes, en marge d’une visite en Italie. « J’espère sincèrement que ce sera une offre sérieuse », a-t-il ajouté.
Pour l’administration américaine, une proposition jugée recevable pourrait ouvrir un processus de négociation plus structuré, après plusieurs semaines de cessez-le-feu fragile dans le Golfe. À l’inverse, une réponse dilatoire ou jugée insuffisante par Washington risquerait de refermer la fenêtre diplomatique ouverte ces derniers jours.
Des accrochages ont été rapportés autour du détroit d’Ormuz malgré la trêve entrée en vigueur début avril. L’Iran accuse les États-Unis d’avoir frappé un pétrolier iranien, un navire commercial et des objectifs sur l’île de Qeshm. Washington affirme, de son côté, avoir réagi à des attaques iraniennes visant des destroyers américains dans la zone. Ces versions concurrentes n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Dans ce climat, la réponse de Téhéran est attendue comme un test. Elle dira si l’Iran entend utiliser le canal diplomatique en cours ou maintenir la pression sur le terrain maritime, où les deux pays s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu.
Ormuz, point dur de la guerre
Interrogé sur des informations selon lesquelles Téhéran aurait créé une autorité spéciale chargée d’approuver les passages dans cette voie navigable, le secrétaire d’État américain a dénoncé une tentative de normalisation d’un contrôle iranien sur un espace maritime international.
« L’Iran prétend désormais être propriétaire d’une voie navigable internationale et avoir le droit de la contrôler », a-t-il accusé. « C’est une situation inacceptable qu’ils tentent de normaliser. »
Le message vise autant Téhéran que les partenaires de Washington. « Qu’est-ce que le monde est prêt à faire à ce sujet ? », a lancé Marco Rubio. « Le monde va-t-il accepter que l’Iran contrôle désormais une voie navigable internationale ? »
Washington cherche désormais à internationaliser le dossier d’Ormuz afin d’éviter que la crise ne soit réduite à un duel bilatéral avec l’Iran. Le détroit concentre une part essentielle de la vulnérabilité régionale. Sa fermeture, son minage ou sa mise sous contrôle administratif par une puissance riveraine auraient des effets directs sur la sécurité maritime, les flux énergétiques et les équilibres militaires dans le Golfe.
C’est précisément ce levier que les États-Unis veulent contester.
Rome en arrière-plan européen
Au même moment, Marco Rubio s’est entretenu vendredi avec la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et avec le ministre italien des affaires étrangères, Antonio Tajani. La question d’Ormuz a été soulevée lors de ces échanges, dans un contexte de tensions accrues entre Washington, Téhéran et plusieurs capitales européennes.
Rome reste attachée à l’alliance américaine et au cadre transatlantique, mais le gouvernement italien doit composer avec les réticences européennes face au risque d’escalade régionale. Les alliés de Washington cherchent à préserver la liberté de navigation dans le Golfe tout en évitant une extension du conflit.
À Rome, Marco Rubio cherche surtout à déplacer le centre de gravité du dossier. Washington maintient la pression sur Téhéran, tout en s’efforçant de convaincre ses alliés que la crise d’Ormuz ne relève pas seulement du face-à-face irano-américain. Pour les États-Unis, la liberté de navigation dans ce détroit stratégique est désormais un enjeu international à part entière.
Une bataille portée devant l’ONU
Marco Rubio a indiqué que les États-Unis travaillaient à une résolution aux Nations unies afin de faire condamner toute tentative iranienne de contrôler le détroit. Le secrétaire d’État a présenté ce texte comme une occasion pour le Conseil de sécurité d’affirmer que la communauté internationale ne laissera pas Téhéran imposer ses propres règles sur Ormuz.
« Nous travaillons sur une résolution aux Nations unies que nous essayons de faire avancer », a-t-il indiqué. Le texte doit, selon lui, permettre aux membres du Conseil de sécurité de dire qu’ils ne permettront pas à l’Iran « d’essayer de contrôler le détroit ».
Une résolution au Conseil de sécurité suppose de surmonter les réticences, voire l’opposition, de puissances comme la Russie ou la Chine. Mais pour Washington, l’initiative a déjà une utilité politique. Elle place les autres États devant un choix diplomatique visible, au moment où les États-Unis accusent l’Iran de chercher à transformer une capacité de nuisance maritime en instrument de contrôle régional.