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Trump ordonne le retrait de 66 organisations internationales par les États-Unis, dont 31 liées à l’ONU

La liste inclut notamment le régime onusien du climat, le GIEC, ONU Femmes et l’UNFPA, au nom d’intérêts nationaux jugés incompatibles.

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Le président américain Donald Trump a signé, ce mercredi, un mémorandum présidentiel ordonnant aux administrations fédérales de mettre fin au plus vite à la participation des États-Unis et à leurs financements au sein de 66 organisations internationales, dont 31 entités onusiennes. En toile de fond, une doctrine assumée de souveraineté et de rupture avec les forums jugés contraires aux intérêts nationaux, au risque d’ouvrir un vide d’influence durable dans les enceintes où se négocient climat, santé, normes, développement et droits humains.

Le texte de la Maison Blanche s’inscrit dans la continuité d’une revue lancée par un décret antérieur. Le mémorandum rappelle qu’un Executive Order du 4 février 2025 avait demandé au secrétaire d’État, en lien avec la représentation américaine auprès de l’ONU, d’évaluer l’ensemble des organisations intergouvernementales et des traités soutenus par Washington afin d’identifier ceux jugés contraires aux intérêts américains. Le président dit avoir reçu le rapport, l’avoir arbitré avec son cabinet, puis avoir décidé de la liste des 66 retraits.

La mécanique est centralisée et immédiate puisque le président ordonne à tous les départements et agences d’engager sans délai les démarches de retrait. Pour les entités de l’ONU, le texte précise que le retrait signifie l’arrêt de la participation ou du financement, dans la limite de ce que le droit interne permet. Le secrétaire d’État est chargé de diffuser des instructions complémentaires, et la publication au Federal Register est explicitement prévue.

Du climat aux droits humains

La liste publiée par la Maison Blanche répartit 35 organisations non onusiennes et 31 structures liées à l’ONU. Côté non onusien, elle inclut notamment le GIEC, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Alliance solaire internationale, l’Union internationale pour la conservation de la nature, le Forum mondial sur la migration et le développement, ou encore le Global Counterterrorism Forum. Côté ONU, figurent entre autres la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ONU Femmes, le Fonds des Nations unies pour la population, la CNUCED, UN Habitat, plusieurs bureaux du secrétaire général liés à la protection de l’enfance en conflit armé et à la lutte contre les violences sexuelles en conflit, ainsi que des mécanismes de coordination interne du système onusien.

Dans son argumentaire public, la Maison Blanche affirme vouloir mettre fin au soutien à des structures accusées de promouvoir des politiques climatiques jugées radicales, une gouvernance globale et des programmes idéologiques incompatibles avec la souveraineté et la prospérité américaines.

Une sortie juridiquement encadrée

Parmi les retraits, celui de la Convention climat retient l’attention car il ne s’agit pas seulement d’une organisation mais d’un traité, socle du régime climatique international. La Convention prévoit une clause de retrait. Toute partie peut se retirer par notification écrite au dépositaire, et le retrait prend effet un an après réception.

Reuters souligne que les États-Unis deviendraient le premier pays à quitter la Convention. L’ONG NRDC, par la voix de son président Manish Bapna, insiste sur la perte de capacité d’influence, rappelant que siéger à la table des négociations permet aussi de peser sur des choix économiques majeurs.

La réaction institutionnelle la plus directe est venue du chef du climat à l’ONU, Simon Stiell, qui qualifie la décision de colossal own goal et avertit qu’elle nuira à l’économie américaine, à l’emploi et au niveau de vie à mesure que les catastrophes climatiques s’aggravent.

Un signal politique

Au-delà du climat, la présence d’ONU Femmes et du Fonds des Nations unies pour la population dans la liste illustre un choix politique frontal. Reuters note que Washington avait déjà réduit des financements de l’UNFPA, et que le mémorandum vise désormais l’arrêt de la participation et des contributions dans la limite du droit.

Plus sensible encore, plusieurs bureaux onusiens ciblés touchent à la protection des populations civiles, notamment l’enfance en conflit armé et les violences sexuelles en période de guerre. Dans le système des Nations unies, ces structures fonctionnent souvent comme des plateformes de coordination et de plaidoyer, avec un effet de levier diplomatique autant que budgétaire. Le retrait américain ne se résume donc pas à une économie, il modifie la capacité de Washington à orienter normes, mandats et priorités.

Des retraits qui ne sont pas tous instantanés

Un point crucial est le décalage entre l’annonce politique et la réalité procédurale. Certaines structures imposent des délais ou des conditions de retrait. L’exemple de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables illustre cette logique, son statut prévoit la possibilité d’un retrait par notification écrite au dépositaire après une période donnée.

Sur le terrain, la question des délais est déjà soulevée. Le programme environnemental régional du Pacifique, également visé, a rappelé que les États-Unis doivent suivre un processus formel avant qu’une sortie ne produise ses effets, son directeur général affirmant que Washington reste un membre apprécié tant que la procédure n’est pas achevée.

Une stratégie d’influence par le vide au risque d’un retour de flamme

À court terme, la décision peut produire un double effet recherché par la Maison Blanche. D’une part, couper des contributions volontaires et réduire l’exposition à des cadres normatifs jugés hostiles. D’autre part, envoyer un signal interne de cohérence avec une ligne America First, en présentant le multilatéralisme comme coûteux et inefficace.

Mais l’effet inverse est plausible sur l’influence. Plusieurs analyses relayées dans la presse américaine pointent le risque de laisser d’autres puissances occuper l’espace, notamment dans les forums techniques où se fabriquent les standards, les coalitions de financement, et les priorités opérationnelles. C’est particulièrement vrai dans le climat, les énergies et la gouvernance numérique, secteurs où la présence institutionnelle se convertit en pouvoir de négociation.

Les critiques venues de la communauté scientifique et d’organisations spécialisées insistent sur ce coût d’opportunité. L’Union of Concerned Scientists parle d’une isolation accrue et d’une rupture avec les sources les plus structurantes de la science climatique, en visant la sortie du GIEC et de la Convention climat.

Le mémorandum précise que l’examen de nouvelles conclusions du secrétaire d’État est encore en cours. Autrement dit, la liste des 66 pourrait ne pas être un plafond mais un premier jalon, dépendant de batailles juridiques internes, de contraintes budgétaires, et d’arbitrages diplomatiques sur les secteurs où Washington souhaite conserver un accès direct aux enceintes de décision.

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