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À Damas, deux explosions près de l’hôtel de Macron fragilisent la visite française en Syrie

Deux engins explosifs ont détoné mardi 7 juillet dans le centre de Damas, près du ministère syrien du Tourisme et à proximité du Four Seasons, où Emmanuel Macron avait passé la nuit.

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Deux explosions ont secoué mardi matin le centre de Damas, dans un secteur situé près du ministère syrien du Tourisme et à proximité du Four Seasons, hôtel régulièrement utilisé par des délégations étrangères, des diplomates et du personnel international. Emmanuel Macron, en visite officielle en Syrie, ne se trouvait pas sur place au moment des déflagrations. Il était alors au palais du Peuple pour un entretien avec le président syrien Ahmad al-Charaa.

Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé un bilan de dix-huit blessés, dont quatre policiers. Selon la version officielle syrienne, les forces de sécurité intérieure avaient repéré deux engins explosifs au cours d’opérations de terrain et les unités spécialisées avaient commencé à préparer leur neutralisation lorsque les dispositifs ont explosé.

Dans une déclaration à l’agence officielle SANA, le ministère de l’Intérieur a précisé que « l’enquête initiale a révélé que les deux engins ont été fabriqués de manière rudimentaire. Le premier a été placé dans une voiture garée sur le bord de la route, tandis que le second a été dissimulé dans une benne à ordures ».

Les autorités syriennes ont rapidement cherché à contenir la portée politique de l’incident. Le ministère de l’Intérieur a affirmé que « le lieu de l’explosion se trouve en dehors de la zone réservée à la résidence du président français et l’explosion n’a pas constitué une menace directe pour la résidence ou pour le programme de la visite officielle, qui se poursuit conformément au plan prévu ».

Aucune revendication n’a été annoncée dans l’immédiat. Les opérations de fouille et de sécurisation se poursuivent dans le secteur. À ce stade, aucun élément public ne permet d’attribuer les explosions à un groupe précis.

Une visite française à forte portée diplomatique

L’incident intervient au moment le plus sensible d’un déplacement présenté par Damas comme une étape majeure dans la relance des relations franco-syriennes. Emmanuel Macron est arrivé lundi soir dans la capitale syrienne. Il s’agit de la première visite d’un président français en Syrie depuis 2009.

Dans un message publié sur X, il a déclaré : « Je suis venu réaffirmer l’engagement de la France aux côtés du peuple syrien pour une Syrie souveraine, unie dans sa diversité et vivant en paix avec ses voisins ».

Cette formulation résume l’équilibre recherché par Paris. La France entend accompagner le retour de la Syrie dans le jeu diplomatique régional, tout en maintenant ses exigences sur l’inclusivité politique, la stabilité du pays, la lutte contre le terrorisme et le respect de toutes les composantes de la société syrienne.

Mardi, Emmanuel Macron et Ahmad al-Charaa ont participé à une table ronde syro-française au palais du Peuple, en présence de responsables politiques, de chefs d’entreprise et d’investisseurs. La séquence devait ouvrir la voie à plusieurs accords et mémorandums d’entente dans des secteurs liés à la reconstruction, aux infrastructures, à l’énergie, aux transports, à l’eau, au secteur bancaire et au développement économique.

Ahmad al-Charaa a présenté cette rencontre comme le signe d’un basculement. « Bienvenue dans la nouvelle Syrie », a-t-il lancé devant la délégation française, selon la version officielle syrienne. Le président syrien a ensuite décrit son pays comme un carrefour stratégique entre la Méditerranée, le Golfe et l’Irak, au moment où les crises régionales redonnent du poids aux routes commerciales sûres et aux corridors de transport.

Emmanuel Macron a, de son côté, insisté sur la dimension économique du rapprochement. « Il y aura des comités économiques conjoints élargis pour soutenir la reconstruction de la Syrie, en partenariat avec les pays du Golfe », a-t-il déclaré. Le président français a également affirmé que « la Syrie fait face à de nombreux défis, mais il existe aussi de nombreuses opportunités pour notre partenariat. La France sera toujours aux côtés du peuple syrien ».

Le retour de l’insécurité dans une capitale sous surveillance

La double explosion de mardi ne constitue pas un événement isolé. Le 2 juillet, un engin explosif avait visé un café situé près du Palais de justice, dans un quartier très fréquenté de Damas. Le bilan communiqué par les autorités syriennes a fait état d’au moins dix morts et de plus de vingt blessés.

Ces deux attaques rapprochées brouillent le message que les autorités syriennes tentent d’imposer depuis plusieurs mois. Le pouvoir d’Ahmad al-Charaa veut montrer que la capitale peut accueillir des délégations étrangères, des investisseurs et des rendez-vous diplomatiques de haut niveau. Les explosions rappellent au contraire que la sécurité urbaine reste exposée, y compris dans des secteurs centraux et surveillés.

Le lieu donne à l’incident une portée particulière. Même si les autorités syriennes affirment que les engins ont explosé hors du périmètre réservé à la résidence du président français, les déflagrations se sont produites dans l’environnement immédiat d’un hôtel associé à la présence étrangère à Damas. Dans une visite officielle, l’image compte autant que la chronologie. Celle d’ambulances et de forces de sécurité mobilisées près du lieu où logeait le chef de l’État français fissure la démonstration de normalisation recherchée par Damas.

La présidence française a indiqué que les explosions n’avaient pas été entendues depuis le cortège présidentiel et que le programme du déplacement n’avait pas été interrompu. Emmanuel Macron a ensuite poursuivi ses entretiens avec les autorités syriennes. Le signal politique reste toutefois double. Paris maintient la visite, mais la Syrie voit sa promesse de stabilité immédiatement testée.

Un test pour la normalisation syrienne

Pour la France, cette visite s’inscrit dans une séquence de réengagement avec la Syrie post-Assad. Elle vise à peser sur la reconstruction, à accompagner la stabilisation du Levant et à réintroduire Paris dans un dossier où les puissances régionales, les États-Unis, les pays du Golfe et la Turquie cherchent aussi à défendre leurs positions.

Pour Damas, l’enjeu est plus immédiat. Le nouveau pouvoir veut obtenir une reconnaissance durable, attirer des capitaux et convaincre ses partenaires qu’il peut garantir l’ordre intérieur. Cette ambition repose sur une condition simple, mais décisive. La capitale doit être sûre, ou du moins paraître assez maîtrisée pour accueillir les délégations étrangères sans incident majeur.

Les explosions de mardi déplacent donc le centre de gravité du déplacement. La question n’est plus seulement celle des accords que la Syrie espère signer avec la France. Elle devient celle de la capacité du pouvoir syrien à sécuriser ses lieux stratégiques au moment précis où il cherche à transformer son retour diplomatique en relance économique.

L’enquête devra établir si l’attaque visait un secteur sensible, si elle portait un message politique ou si elle relève d’une opération isolée. En attendant, la visite d’Emmanuel Macron se poursuit dans une capitale qui veut redevenir une scène diplomatique, mais où la normalisation reste suspendue à une condition première, la sécurité.

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