Au terme d’une visite de deux jours, Ursula von der Leyen annonce une enveloppe de 200 millions d’euros au Groenland pour 2026 et 2027. Elle signe aussi une déclaration commune avec le chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, et la première ministre du Danemark, Mette Frederiksen.

Ce programme doit renforcer les liens de l’Union européenne (UE) avec l’île arctique, tout en soutenant des activités utiles à sa population. « Le Groenland peut compter sur l’UE », déclare Ursula von der Leyen dans le communiqué du 7 septembre. L’amélioration des communications, les énergies renouvelables et les ressources minières occupent une place centrale. L’éducation, la pêche, le tourisme et le logement figurent également parmi les domaines de coopération. 

« Il appartient aux habitants du Groenland et du Danemark de décider de l’avenir du Groenland, et à personne d’autre », affirme Ursula von der Leyen. Elle invoque l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’inviolabilité des frontières, alors que le président américain, Donald Trump, continue de revendiquer le contrôle de l’île. 

Des financements de portée différente

L’enveloppe annoncée à Nuuk doit être distinguée du financement européen déjà programmé pour 2021-2027. Celui-ci représente 225 millions d’euros, affectés à 90 % à l’éducation et à 10 % à la croissance verte. La place de l’enseignement dans cette répartition rappelle que le partenariat économique dépasse l’accès aux ressources du sous-sol. 

Pour le budget européen suivant, couvrant 2028-2034, la Commission propose de porter cette dotation à 530 millions d’euros. Ce montant dépasserait le double de l’enveloppe actuelle. Il reste une proposition pour le prochain cadre financier et ne peut être présenté comme une aide déjà adoptée ou versée. 

Les documents du 7 septembre n’établissent pas davantage un décaissement intégral des 200 millions annoncés. Le communiqué ne fournit pas de ventilation complète par projet ni de calendrier des versements. La déclaration commune précise, de son côté, qu’elle ne crée aucune obligation juridique ou financière. 

Des connexions attendues dès septembre

Dans la foulée, la Commission annonce un partenariat avec l’opérateur groenlandais Tusass pour accroître les capacités disponibles grâce à des fournisseurs européens pendant cinq ans. Les localités isolées, les écoles et les entreprises doivent bénéficier de connexions plus fiables et plus rapides. 

Selon le calendrier présenté par Ursula von der Leyen, les premières améliorations doivent être perceptibles dans le nord du Groenland dès le 8 septembre. Des communautés de l’est doivent suivre en octobre 2026. Il s’agit des résultats attendus du projet signé le 7 septembre, dont les effets sur le service ne sont pas encore vérifiés indépendamment.

Ce dispositif complète une coopération déjà engagée sur les câbles sous-marins. La Commission indique avoir alloué 54,7 millions d’euros à Tusass Connect, qui prévoit une liaison entre Aasiaat et Qaqortoq, sur la côte occidentale. Sa présentation ne précise pas l’articulation comptable de ce financement avec la nouvelle enveloppe. Les deux montants ne peuvent donc pas être additionnés pour établir le total des annonces du 7 septembre. 

Au même moment, l’approvisionnement électrique constitue un autre axe. L’UE prévoit de soutenir un programme de l’entreprise énergétique groenlandaise Nukissiorfiit pour moderniser et décarboner l’approvisionnement énergétique dans les localités éloignées. Un soutien à l’agrandissement de la centrale hydroélectrique de Buksefjord, destinée à répondre aux besoins croissants de Nuuk, reste à l’étude. 

Des ressources aux projets industriels

Le 30 novembre 2023, Bruxelles et Nuuk avaient signé un partenariat portant sur les filières de matières premières. Son objectif déclaré associait la diversification de l’économie groenlandaise à la sécurisation des approvisionnements européens. Il prévoyait aussi de développer les infrastructures, les compétences et la coopération scientifique nécessaires à l’exploitation et à la transformation des ressources. 

Ce partenariat relève de Global Gateway, l’initiative européenne d’investissement dont dépend également le nouveau programme. Le cadre signé en 2023 prévoit un dialogue avec la société groenlandaise et des exigences environnementales et sociales élevées. Il affiche un objectif de création de valeur sur le territoire, en complément des débouchés recherchés auprès de l’industrie européenne. 

Deux projets illustrent cette orientation dans la nouvelle présentation européenne. Malmbjerg concerne le molybdène, tandis qu’Amitsoq, porté par GreenRoc, concerne le graphite. La Commission les présente comme des possibilités de relier davantage l’extraction groenlandaise à l’industrie européenne. Ursula von der Leyen précise que l’UE finance les travaux préparatoires d’Amitsoq.

Dans une analyse publiée le 6 janvier 2026, la banque centrale danoise, Danmarks Nationalbank, relevait que plusieurs grands projets disposant de licences minières n’avaient pas démarré faute de financement. Elle soulignait également les difficultés structurelles de recrutement, particulièrement pour les travailleurs qualifiés. Ces observations, antérieures à la visite, ne préjugent pas de la situation actuelle de chaque mine. 

L’accueil de centres de données demeure, lui aussi, une possibilité à évaluer. Bruxelles soutient des études de faisabilité pour apprécier leur viabilité à mesure que se développent les infrastructures énergétiques et numériques. Le communiqué ne présente ni implantation décidée ni calendrier de construction. 

Le choix groenlandais réaffirmé

Dans son analyse de janvier, Danmarks Nationalbank décrivait une économie dont les exportations de marchandises reposaient principalement sur les produits de la mer. Elle relevait une dégradation des finances publiques en 2025 et les pressions exercées par le vieillissement démographique. 

« Notre partenariat avec le Groenland vise à créer des opportunités qui améliorent la vie quotidienne des gens », souligne pour sa part Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux, dans le communiqué du 7 septembre. Son propos met l’accent sur les retombées attendues pour la population.

Le Groenland entretient avec l’Europe une relation institutionnelle particulière. Territoire autonome au sein du royaume du Danemark, il est extérieur à l’UE mais lui est associé comme pays et territoire d’outre-mer. Un bureau permanent européen a ouvert à Nuuk en 2024. Le partenariat du 7 septembre prolonge cette présence et les liens politiques, économiques et culturels existants. 

La déclaration signée par les trois dirigeants rappelle la loi d’autonomie du 21 juin 2009 et le droit du peuple groenlandais à décider de son avenir conformément au principe d’autodétermination. Elle prévoit un dialogue politique renforcé et davantage d’échanges, notamment pour les étudiants et les chercheurs. Le texte inscrit ainsi l’approfondissement des relations dans un choix des autorités signataires. 

Ces engagements interviennent après plusieurs mois de revendications américaines sur le Groenland. Le 21 janvier 2026, au Forum économique mondial de Davos, Donald Trump avait déclaré qu’il n’emploierait pas la force pour obtenir le Groenland, tout en demandant des négociations sur son acquisition. Il présentait alors le contrôle du territoire comme une nécessité pour la sécurité américaine et celle de ses alliés. 

La coopération annoncée à Nuuk comprend aussi la protection civile, la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques. Ces domaines figurent parmi les objectifs communs, sans constituer des réalisations déjà acquises. Ursula von der Leyen a annoncé une nouvelle stratégie européenne pour l’Arctique à l’automne 2026.

Dans l’immédiat, la première échéance annoncée reste l’amélioration de l’accès à Internet dans le nord du Groenland dès le 8 septembre.