Le ministère algérien des Affaires étrangères dit avoir épuisé toutes les possibilités de préserver la relation. Sa décision a été rendue publique ce mardi 10 septembre dans un communiqué relayé par l’agence officielle Algérie Presse Service (APS) et lu à la télévision publique.

Première mesure concrète, l’ambassadeur des Émirats arabes unis a été reçu le même jour au siège du ministère et officiellement informé de la décision. Il dispose de 48 heures pour s’y conformer, rapporte le média algérien Tout sur l’Algérie (TSA), qui précise que ce délai signifie son départ du territoire.

Le gouvernement algérien invoque la multiplication d’« actes provocateurs ou hostiles ». Il assure avoir adressé plusieurs avertissements à la partie émiratie et lui avoir signalé les conséquences possibles de ses comportements. Selon le ministère, ceux-ci se seraient poursuivis jusqu’à devenir incompatibles avec les relations entre deux États souverains.

Le texte ne désigne cependant aucun événement particulier qui expliquerait le choix du 10 septembre. L’agence Associated Press souligne elle aussi l’absence de motif unique ou circonstancié. Les accusations formulées par Alger constituent donc la justification officielle de la rupture, et non un ensemble de faits matériels démontrés par les éléments rendus publics.

Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président émirati, a défendu sur X une diplomatie fondée sur la communication et la clarté des intérêts. Selon Reuters, ce message publié après l’annonce ne nommait pas l’Algérie et n’établissait aucun lien explicite avec sa décision. L’agence ne rapportait pas de commentaire immédiat du ministère émirati.

Une rupture longtemps différée

La décision ne surgit pas d’un différend rendu public pour la première fois. En octobre 2025, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait distingué les relations entretenues avec les États du Golfe, qu’il présentait comme chaleureuses, de celles nouées avec un pays qu’il ne nommait pas. Reuters y voyait une référence aux Émirats. Il citait notamment l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman et le Qatar parmi les partenaires fraternels de l’Algérie.

La rupture avait ensuite été évoquée plus directement dans un entretien présidentiel diffusé le 27 juillet 2026 par les médias audiovisuels publics, dont TSA a rendu compte le lendemain. Abdelmadjid Tebboune expliquait avoir jusque-là renoncé à cette mesure pour ne pas accentuer les divisions du monde arabe. Le maintien des relations apparaissait ainsi, dans son discours, comme un choix de retenue et non comme l’absence de désaccord.

Lors de cet entretien, le chef de l’État affirmait disposer de preuves contre un État du Golfe qu’il accusait de contribuer à des conflits. Les passages rapportés ne détaillaient pas ces éléments. TSA rapprochait ces propos d’accusations déjà formulées en mars 2024 au sujet du Mali, de la Libye et du Soudan. Cette continuité documente la dégradation du discours algérien envers Abou Dhabi, sans établir à elle seule les ingérences dénoncées.

Le précédent de l’accord aérien

Le 7 février 2026, Alger avait annoncé l’ouverture de la procédure destinée à mettre fin à l’accord de services aériens signé à Abou Dhabi le 13 mai 2013 et ratifié le 30 décembre 2014. La démarche prévoyait une notification diplomatique aux Émirats ainsi qu’une information du secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale, conformément à l’article 22 du texte.

Cet accord encadrait la désignation des compagnies autorisées à desservir les deux pays et les conditions d’exploitation des routes convenues. Il permettait notamment aux autorités aéronautiques de suspendre ou de limiter des autorisations en cas de non-respect de ses dispositions. Sa dénonciation concernait donc les droits de trafic, distincts du statut des représentations diplomatiques. 

Le 13 février, Emirates avait indiqué que son dernier vol alors programmé au départ d’Alger devait partir le 3 février 2027. La compagnie précisait alors que l’exploitation se poursuivait normalement et qu’elle appliquerait les instructions ultérieures des autorités. Ce calendrier, rapporté par Anadolu puis Aviation Week, ne doit pas être confondu avec une suspension immédiate des vols consécutive à l’annonce du 10 septembre.

D’après des données de Sabre Market Intelligence publiées par Aviation Week en février, le trafic aérien ayant pour origine et destination l’Algérie et les Émirats atteignait environ 351 500 trajets de passagers, dans les deux sens, sur les douze mois achevés en juin 2025. Environ 78 % de ces déplacements s’effectuaient sans escale. Ces données mesurent une fréquentation antérieure, et non le nombre de personnes uniques ou de voyageurs affectés par la rupture diplomatique.

Divergences politiques et coopération économique

Le Sahara occidental illustre un désaccord diplomatique ancien. Alger soutient le Front Polisario, qui revendique l’indépendance de ce territoire disputé, tandis qu’Abou Dhabi appuie la position marocaine. Le 4 novembre 2020, les Émirats avaient ouvert un consulat à Laâyoune. Lors de cette inauguration, leur diplomatie avait présenté cette implantation comme une manifestation du partenariat stratégique avec Rabat.

Ce contentieux a connu une nouvelle étape diplomatique le 31 octobre 2025. Le Conseil de sécurité des Nations unies a appelé à des négociations fondées sur la proposition marocaine d’autonomie. L’Algérie n’a pas participé au vote. Ces positions opposées éclairent les divergences régionales entre Alger et Abou Dhabi, mais ne suffisent pas à identifier l’événement qui aurait déclenché la rupture du 10 septembre.

Les choix des deux capitales divergent aussi sur Israël. Les Émirats ont établi des relations avec l’État israélien dans le cadre des accords d’Abraham, signés le 15 septembre 2020, une normalisation rejetée par l’Algérie. Abou Dhabi présentait alors cette ouverture comme un moyen de développer la coopération régionale, tout en réaffirmant son soutien à une solution à deux États pour les Israéliens et les Palestiniens. Cette position déclarée ne se confond donc pas avec un abandon officiel de la perspective d’un État palestinien.

La rupture intervient également entre deux États qui avaient affiché des ambitions commerciales communes. En février 2023, lors de leur commission économique mixte à Abou Dhabi, le ministre émirati de l’Économie d’alors, Abdallah ben Touq Al-Marri, évaluait les échanges hors pétrole à environ 800 millions de dollars pour 2022. Selon le compte rendu de l’agence de presse officielle émiratie diffusé par Zawya, il souhaitait dépasser le milliard de dollars atteint en 2019. Ces chiffres historiques décrivent les échanges antérieurs, pas les pertes engendrées par la décision actuelle.

Diplomatie et consulats restent distincts

Pour les ressortissants, la rupture diplomatique ne signifie pas automatiquement la disparition des relations consulaires. L’article 2 de la convention de Vienne de 1963 distingue expressément les deux. L’assistance aux personnes, les passeports et les visas relèvent de fonctions consulaires. Leur organisation après l’annonce dépend des mesures prises par les autorités, et non de la seule qualification de rupture diplomatique.

La convention de Vienne de 1961 impose par ailleurs de continuer à protéger les locaux, les biens et les archives des missions, même lorsque les relations sont rompues. Son article 45 autorise un État à confier la protection de ses intérêts et de ses ressortissants à un pays tiers accepté par l’autre partie. Aucun dispositif de cette nature n’est précisé dans le communiqué algérien rapporté le 10 septembre.

L’annonce fixe un délai pour l’ambassadeur. Elle ne précise pas les relais prévus pour les ressortissants.