Aucun accord mettant fin à la guerre n’a été annoncé après les rencontres de Steve Witkoff et Jared Kushner, également gendre de Donald Trump, dans les deux capitales. Les appréciations favorables formulées à Kiev ne s’accompagnent pas de concessions publiquement identifiées sur les principaux désaccords.

Donald Trump avait annoncé le 4 septembre que ses représentants emportaient un plan destiné à terminer la guerre. Le compte rendu des journalistes présents dans le Bureau ovale rapporte cette déclaration sans donner le détail de cette proposition. À Kiev, Steve Witkoff a ensuite expliqué avoir entendu de nouvelles idées à Moscou, sans les détailler, tout en se disant encouragé par ses échanges avec les Ukrainiens.

L’émissaire américain a néanmoins souligné les concessions nécessaires pour parvenir à un règlement. « Il faudra que les deux parties fassent des compromis et réduisent les divergences, et nous pensons disposer des éléments nécessaires pour y parvenir », a déclaré Steve Witkoff le 6 septembre.

Les discussions se sont prolongées jusqu’au dimanche au soir. Un haut responsable de la présidence ukrainienne, non nommé, a indiqué que Zelensky s’entretenait de nouveau avec les deux émissaires et a présenté leurs propositions comme plus efficaces que les précédentes. Cette appréciation, qui n’a pas été confirmée indépendamment, ne permet pas de connaître les changements envisagés ni les engagements qu’ils supposeraient. Les chemins de fer ukrainiens ont ensuite annoncé le départ des deux hommes de Kiev dans la soirée.

Cette médiation porte sur la guerre déclenchée par l’invasion russe à grande échelle du 24 février 2022. La nouveauté tient aussi au déplacement lui-même. Les deux négociateurs avaient déjà rencontré les dirigeants russes à Moscou, mais ne s’étaient encore jamais rendus à Kiev dans le cadre de leur médiation. Leur venue intervient après une longue interruption des pourparlers, tandis que la guerre en Iran a mobilisé l’administration américaine au cours des derniers mois.

Le désaccord territorial demeure

À Moscou, l’entretien du 5 septembre au Kremlin a duré plus de trois heures. « Dans l’ensemble, on peut dire que ces négociations sont arrivées à point nommé et qu’elles ont été très utiles pour chaque partie », a déclaré Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique du président russe, selon la traduction française publiée par Reuters. Il a indiqué que les Américains avaient présenté plusieurs pistes de règlement. Il a aussi rapporté que Poutine se disait confiant dans la réalisation de ses objectifs militaires et réclamait toujours le traitement des causes qu’il attribue au conflit.

Selon ce même conseiller, la rencontre a également porté sur de possibles projets économiques communs entre la Russie et les États-Unis. Aucun accord correspondant n’a été détaillé. Un responsable de la Maison-Blanche cité par Reuters a annoncé que les prochaines étapes seraient présentées dans les semaines suivantes, sans préciser leur contenu. Witkoff et Kushner n’avaient pas fait de déclaration publique à leur sortie du Kremlin.

Les positions publiques restent opposées sur les territoires. Moscou exige notamment le retrait de l’armée ukrainienne de toute la région de Donetsk, dans l’est du pays, y compris des secteurs que la Russie n’occupe pas. Kiev refuse cette demande. Donald Trump n’a pas précisé si sa proposition comportait des cessions territoriales ukrainiennes, et les déclarations publiées après les entretiens ne font apparaître aucun compromis sur ce point.

Zelensky a confirmé que la question avait été abordée, tout en précisant qu’elle n’avait pas occupé une longue partie des discussions. « Je reste d’avis que des questions aussi complexes ne peuvent être réglées qu’au niveau des dirigeants », a-t-il déclaré le 6 septembre, selon la version anglaise publiée par la présidence ukrainienne (traduction de la rédaction). Les échanges ont aussi concerné les garanties de sécurité et la reconstruction économique. Le président ukrainien présente le maintien d’une armée forte comme une garantie essentielle contre une nouvelle guerre, ce qui implique des ressources durables.

Une pause limitée aux capitales

La visite s’est accompagnée d’engagements temporaires sur les frappes aériennes. Le 5 septembre, après un échange avec les émissaires américains, Zelensky a annoncé que l’Ukraine était prête à suspendre ses attaques contre Moscou pour le reste de la journée, puis les 6 et 7 septembre. Il attendait de la Russie la même retenue envers Kiev. Le communiqué ukrainien désignait ainsi les villes concernées par le processus de négociation.

Le Kremlin a, de son côté, annoncé une suspension des frappes contre Kiev pendant trois jours pour couvrir la visite américaine. Cette mesure n’équivaut pas à un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire ukrainien. Les autres villes et les combats sur le front ne sont pas couverts par ces engagements.

Des attaques ont d’ailleurs été signalées hors de ces capitales pendant les contacts diplomatiques. Les services ukrainiens de secours ont fait état de frappes russes dans plusieurs régions dans la nuit du 5 au 6 septembre. Les autorités russes ont aussi rapporté une attaque ukrainienne meurtrière dans la région de Belgorod. Ces informations attribuées aux autorités concernées illustrent la poursuite des hostilités au-delà du périmètre de la pause annoncée.

Kiev prépare aussi l’hiver

L’agenda ukrainien porte donc aussi sur les moyens de poursuivre la défense du pays si les négociations n’aboutissent pas rapidement. Zelensky a consacré une partie de sa déclaration publique aux préparatifs hivernaux. Malgré son appréciation positive des échanges, il a estimé que la prolongation de la guerre durant l’hiver paraissait, à ce stade, l’hypothèse à laquelle son gouvernement devait se préparer.

Il souhaite un soutien combinant défense aérienne et énergie, avec notamment des volumes importants de gaz naturel liquéfié américain. Les systèmes antiaériens Patriot figurent également parmi les besoins discutés. Il s’agit de demandes et de perspectives de coopération, sans enveloppe chiffrée ni calendrier de livraison annoncé dans cette déclaration. Les garanties à négocier pour l’après-guerre ne répondent donc pas, à elles seules, aux besoins de protection évoqués pour les prochains mois.

Zelensky a également déclaré que les États-Unis augmenteraient en 2027 leur production de missiles pour les systèmes Patriot. Cette perspective, rapportée par The Kyiv Independent, ne constitue toutefois pas l’annonce de livraisons immédiates. Aucun volume destiné à l’Ukraine n’a été précisé dans les propos rapportés.

Des représentants de trois pays européens ont participé à une session distincte. La présidence ukrainienne identifie Emmanuel Bonne, conseiller diplomatique du président français, Jonathan Powell, conseiller à la sécurité nationale du premier ministre britannique, et Günter Sautter, conseiller du chancelier allemand pour la politique étrangère et de sécurité. Leur présence a permis d’associer Paris, Londres et Berlin aux échanges menés entre les délégations américaine et ukrainienne.

Deux suites diplomatiques distinctes

Jared Kushner a expliqué que les Américains travaillaient encore à un cadre de règlement avec leurs partenaires européens. Il a aussi défendu le retour à un format réunissant directement Russes et Ukrainiens, déjà utilisé environ six mois auparavant, dans lequel les délégations pouvaient se parler.

Zelensky a annoncé un accord de principe pour une prochaine réunion entre l’Ukraine, les États-Unis et des partenaires européens. Il n’a donné ni date précise ni lieu arrêté, évoquant plusieurs possibilités d’accueil. Cette perspective prolonge la concertation engagée à Kiev et ne constitue pas l’annonce d’une rencontre déjà fixée avec des représentants russes.

Steve Witkoff espère parallèlement une reprise rapide des négociations entre l’Ukraine et la Russie sous médiation américaine. Zelensky s’est déclaré disposé à participer à ce format. Aucune date n’a encore été annoncée pour ce retour à la table des négociations.