Donald Trump affirme disposer de « trois stratégies » face à l’Iran. Ses propos décrivent moins trois plans arrêtés que trois options, dont deux se chevauchent largement.

La séquence figure à partir de la 25e minute de son entretien avec Wayne Allyn Root, animateur de l’émission America Speaks sur Real America’s Voice. Interrogé sur un éventuel passage des bombardements à une stratégie consistant à épuiser l’Iran par un blocus naval, le président répond d’abord qu’il ne souhaite pas exposer sa stratégie.

« Je ne parle pas de stratégie. Pourquoi le ferais-je ? », dit-il. Il ajoute néanmoins que Washington dispose de « trois stratégies », puis les expose dans une formulation décousue.

La première consiste à prolonger la situation actuelle. Donald Trump évoque une pression graduelle, des négociations partielles et l’attente d’une détérioration économique qui deviendrait insoutenable pour Téhéran. Il résume cette conduite par l’idée de continuer à avancer sans brusquer le rythme, tout en observant l’affaiblissement iranien.

La deuxième serait une escalade militaire. Le président dit pouvoir « frapper très, très fort », sans préciser les cibles, l’ampleur de l’opération, les conditions qui la déclencheraient ni le calendrier. Il n’annonce pas qu’une telle décision a été prise.

La troisième serait de « les battre économiquement ». Donald Trump reconnaît aussitôt qu’elle fait déjà partie de la première voie. Cette précision empêche de lire ses propos comme la présentation de trois branches nettement séparées. Elle confirme plutôt un éventail allant de l’attente sous pression à la reprise d’attaques massives. Deux jours plus tôt, le vice-président JD Vance avait lui aussi décrit la ligne américaine comme une combinaison d’outils diplomatiques, économiques et militaires, selon Axios. Cette triade recoupe les propos du président sans constituer un plan publié.

Cette préférence momentanée pour l’usure économique avait été annoncée la veille. Dans un entretien publié le 9 août par Axios, Donald Trump disait que Washington faisait « profil bas » et ne menait que des négociations partielles, tout en surveillant l’inflation et le manque de liquidités en Iran. Il n’y avait formulé aucune nouvelle menace militaire.

L’emploi de la force n’est toutefois pas hypothétique. Le Commandement central des États-Unis a annoncé une frappe le 29 juillet, contre des cibles des Gardiens de la révolution, en réponse à des attaques iraniennes présumées. Cet épisode suivait plusieurs semaines de reprise des opérations et de menaces présidentielles de frappes plus larges.

L’économie au centre du calcul

Dans l’entretien, Donald Trump affirme que l’inflation iranienne atteindrait peut-être 300 %, que la monnaie n’aurait presque plus de valeur et que les soldats ne seraient plus payés. Il assure aussi que les États-Unis contrôlent l’argent de l’Iran et lance « Je suis leur banquier ».

Ces affirmations demandent plusieurs corrections. Le non-paiement des soldats n’a pas été confirmé de manière indépendante. Le chiffre de 300 % dépasse nettement les indicateurs disponibles. La dernière donnée officielle citée par l’Associated Press fait état d’une hausse des prix de 88,6 % sur un an. Le Fonds monétaire international prévoit pour 2026 une hausse moyenne des prix à la consommation de 68,9 % et une contraction de 5,4 % du produit intérieur brut réel.

La formule sur le rôle de « banquier » relève aussi de l’hyperbole. Les sanctions américaines permettent de bloquer les biens d’acteurs désignés lorsqu’ils se trouvent aux États-Unis ou sous le contrôle de personnes américaines. Elles peuvent également menacer de sanctions secondaires des entreprises et banques étrangères. Elles ne placent pas l’ensemble des avoirs iraniens sous la garde personnelle du président.

La pression n’en est pas moins substantielle. Sous le nom d’« Operation Economic Fury », le Trésor américain a multiplié depuis la mi-avril les désignations visant les ventes pétrolières, les sociétés écrans, les maisons de change, les actifs numériques et les réseaux d’approvisionnement liés aux Gardiens de la révolution. Une première salve officielle a visé plus de deux douzaines de personnes, d’entreprises et de navires associés à un réseau de transport de pétrole.

Le 19 mai, le Trésor a encore ciblé plus de 50 personnes, sociétés et navires, dont 19 bâtiments impliqués selon lui dans le commerce de pétrole et de produits pétrochimiques iraniens. Le 7 août, il a sanctionné de nouveaux réseaux bancaires clandestins opérant dans plusieurs pays. L’administration menace aussi les acheteurs de brut et les établissements financiers de pays tiers. D’après des chiffres du Trésor cités par l’Associated Press, les chargements moyens de pétrole iranien seraient tombés de 1,8 million de barils par jour avant la guerre à moins de 500 000 le mois dernier. Ce bilan demeure une estimation de l’administration américaine.

Des objectifs qui se sont élargis

Donald Trump présente la nécessité d’empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire comme la « raison principale » du conflit. Il affirme que Téhéran ne peut désormais plus y parvenir et attribue ce résultat aux frappes américaines ainsi qu’à sa décision, en 2018, de retirer les États-Unis de l’accord nucléaire de 2015.

L’affirmation selon laquelle l’Iran ne pourrait plus se doter d’une arme nucléaire ne peut pas être vérifiée. Dans son rapport du 4 juin, l’Agence internationale de l’énergie atomique indiquait n’avoir eu accès sur le terrain qu’à la centrale de Bouchehr. Elle disait ne pas pouvoir établir si l’enrichissement avait cessé, ni déterminer la taille, la composition et l’emplacement du stock d’uranium enrichi, ni vérifier l’inventaire des centrifugeuses.

Le but déclaré de la pression américaine dépasse par ailleurs le seul dossier nucléaire. Le mémorandum présidentiel de février 2025 avait rétabli la campagne de « pression maximale » avec l’objectif de réduire à zéro les exportations pétrolières iraniennes, de priver Téhéran d’une arme nucléaire et d’un missile balistique intercontinental, puis d’assécher les ressources des Gardiens de la révolution et de leurs alliés régionaux.

Depuis le début, le 28 février, des bombardements menés par les États-Unis et Israël, la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz est devenue un objectif central supplémentaire. La question nucléaire, les missiles, le soutien iranien à des groupes armés et la réouverture du détroit forment ainsi plusieurs résultats recherchés. Les trois voies citées par Donald Trump sont des instruments de coercition. Elles ne disent pas lequel de ces résultats suffirait à conclure la guerre.

Ormuz bloque toujours la négociation

Les discussions indirectes n’ont pas produit à ce jour de règlement durable. Téhéran exige la fin du blocus américain de ses ports, la levée des sanctions, la libération d’avoirs gelés et des réparations pour les dommages de guerre. Donald Trump a rejeté cette dernière demande le 10 août et ordonné à ses négociateurs de réclamer à leur tour des compensations à l’Iran.

L’enjeu dépasse les deux belligérants. Près d’un cinquième du pétrole échangé dans le monde transitait par le détroit d’Ormuz avant le conflit. La forte réduction du trafic, que l’Iran entretient par ses menaces et sa capacité à attaquer les navires, limite les flux et alimente la volatilité des cours. Le 11 août, le Brent se négociait autour de 87,61 dollars le baril et le gallon d’essence ordinaire atteignait en moyenne 4,01 dollars aux États-Unis, selon l’Associated Press.

Téhéran ne présente aucun signe public de capitulation. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a accusé Washington de revenir aux sanctions chaque fois que la diplomatie échoue. Sa réaction visait le regain général de pression financière, et non spécifiquement l’entretien accordé à Real America’s Voice.

La contrainte économique peut procurer un levier sans produire d’effet immédiat. Des spécialistes interrogés par l’Associated Press soulignent que les sanctions agissent plus lentement que les opérations militaires et que leur efficacité dépend d’objectifs politiques explicites. Le pays a déjà traversé plusieurs décennies de restrictions sans renoncer à tous les programmes visés par Washington.

À l’heure du bouclage, le 11 août, la politique américaine combine donc blocus, sanctions et contacts diplomatiques limités. Donald Trump a rendu publique une gamme d’options, mais n’a annoncé ni doctrine détaillée ni décision d’escalade. La pression économique apparaît comme la ligne privilégiée du moment, tandis que la menace de frappes demeure en réserve.