Un compromis maritime paraît se dessiner à Ormuz, mais le détroit n’est ni pleinement rouvert ni soumis à un nouveau régime accepté par l’ensemble des parties. Washington et Téhéran reconnaissent des avancées dans les pourparlers conduits avec Oman, tandis que le Qatar et le Pakistan poursuivent leur médiation. Au 5 août, les modalités décisives du dispositif restent disputées.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a confirmé mardi l’existence d’une avancée. « Des progrès ont été accomplis dans ces discussions, mais elles n’ont pas encore abouti. Nous espérons qu’elles aboutiront très prochainement », a-t-il déclaré devant la presse au département d’État, selon l’Associated Press.

Donald Trump estime qu’une annonce pourrait intervenir dès mercredi ou jeudi, sans préciser les modalités du compromis. Le président américain reste opposé à l’instauration de droits de passage et à tout mécanisme qui donnerait à l’Iran un pouvoir d’autorisation sur la navigation.

À Téhéran, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, confirme que les discussions sont menées par les deux États riverains. Elles portent sur « la mise en place de voies de navigation sûres, tout en préservant les droits souverains et les intérêts de sécurité de l’Iran comme d’Oman », a-t-il indiqué le 4 août à l’agence d’État IRNA. L’agence précise, au discours indirect, que leurs résultats ne seront annoncés qu’après la conclusion des négociations.

Selon le compte rendu officiel du point de presse de Majed Al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des affaires étrangères, « aucun accord final n’a encore été conclu ». Le Qatar refuse de fixer un calendrier et estime que tout futur mécanisme devra recueillir le consensus des États affectés, rapporte la Qatar News Agency.

Deux voies évoquées, plusieurs versions

L’architecture rapportée par plusieurs médias répartirait les flux entre les deux rives du détroit. Deux responsables régionaux cités par l’Associated Press affirment que les navires entrant dans le Golfe emprunteraient une voie située dans les eaux iraniennes, sous la supervision de Téhéran. Le trafic sortant passerait par une voie placée principalement dans les eaux omanaises.

Selon une source iranienne interrogée par Reuters, Téhéran veut contrôler le trafic entrant et conserver une visibilité sur les sorties. Oman délivrerait les autorisations de départ après notification à l’Iran. Cette position conférerait à la République islamique un rôle formel dans la surveillance d’une partie des mouvements maritimes.

La question des paiements demeure tout aussi floue. Les responsables régionaux cités par l’AP évoquent des frais destinés à financer la sécurité et la protection de l’environnement. Axios décrit au contraire un dispositif provisoire de soixante jours sans frais, accompagné d’opérations de déminage. Un responsable américain anonyme assure pour sa part qu’aucune route ne devrait être soumise à une autorisation iranienne ou à un prélèvement obligatoire.

Aucune de ces modalités n’apparaît dans un document commun rendu public. Leur durée, leur champ d’application et leur articulation avec le blocus américain des ports iraniens reposent encore sur des témoignages anonymes. Téhéran nie par ailleurs mener des négociations directes avec Washington, alors que les responsables américains disent participer aux échanges par l’intermédiaire des médiateurs.

Le contrôle plutôt que le tracé

Le différend ne porte pas seulement sur la localisation des voies. Le détroit possède déjà un dispositif de séparation du trafic adopté par l’Organisation maritime internationale en 1968. L’enjeu consiste désormais à déterminer qui administrera les mouvements, dans quelles conditions et avec quelle capacité d’intervention.

Les positions officielles restent éloignées. Pour le Qatar, « l’exigence minimale, à ce stade, est le retour au statut antérieur du détroit », selon le compte rendu de Majed Al-Ansari. Téhéran défend la ligne inverse. « En aucun cas, le détroit d’Ormuz ne reviendra à la situation antérieure à la guerre », a prévenu Esmaïl Baghaï le 2 août dans un entretien télévisé repris par IRNA.

Le terrain avait été préparé en juin. Dans un communiqué conjoint publié le 23 juin, l’Iran et Oman ont convenu de poursuivre leurs échanges afin de « parvenir à un accord sur l’administration future de la navigation dans le détroit d’Ormuz, les services fournis et les coûts associés ». Les deux pays se sont aussi engagés à consulter les autres États riverains et les parties concernées.

Mascate présente sa démarche comme une recherche de compromis. « Des discussions complexes ont été engagées afin de définir un cadre pérenne garantissant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », a écrit le ministre omanais des affaires étrangères, Badr Al-Boussaïdi, dans une tribune publiée le 13 juillet.

L’OMI pose toutefois une limite explicite au dispositif envisagé. Le 13 juillet, son Conseil a réaffirmé que « le passage dans le détroit devait rester exempt de tout péage et de toute redevance », conformément au droit international. Il demande également que tout accord assure un passage sans discrimination et sans entrave par le dispositif de circulation reconnu depuis 1968.

La distinction entre un droit de passage et la rémunération d’un service concret sera donc déterminante. Un futur texte devra préciser la nature des prestations invoquées, les organismes chargés de les assurer et les conditions de leur financement. Il devra aussi répondre à l’exigence américaine d’un régime dans lequel aucun État ne dispose d’un pouvoir de veto sur la circulation.

Une avancée diplomatique sous la menace des armes

Le mémorandum d’Islamabad conclu en juin avait ouvert une feuille de route de soixante jours et instauré des discussions techniques ainsi qu’une ligne de communication destinée à prévenir les incidents. Il n’a pas permis de normaliser durablement le trafic.

Mardi, un navire marchand a signalé avoir été touché par un projectile non identifié à environ 37 kilomètres au nord-est de Khasab, dans le nord d’Oman. Le bâtiment a été endommagé, mais l’origine du tir n’a pas été établie. L’incident intervient au moment où les médiateurs cherchent à transformer une désescalade politique en garanties opérationnelles.

Le secrétaire général de l’OMI, Arsenio Dominguez, avait déjà alerté le Conseil de l’organisation le 8 juillet. « Je cherche toujours à obtenir des garanties permettant aux navires de quitter le détroit […] sans être exposés à des menaces d’attaque », avait-il déclaré dans une intervention officielle.

Un accord ne provoquerait pas nécessairement une reprise immédiate. Les armateurs et les assureurs attendront des procédures lisibles, des garanties de sécurité et des informations précises sur le déminage. Les décisions prises à terre devront encore être traduites en avis de navigation et en règles opérationnelles applicables en mer.

Le Pakistan confirme que les contacts se poursuivent, tout en appelant à ne pas confondre négociation et stabilisation. « La situation sécuritaire reste précaire », a reconnu son porte-parole diplomatique, Tahir Andrabi, le 30 juillet. « Les négociations se poursuivent afin de normaliser la situation dans le détroit d’Ormuz et de favoriser la désescalade », a-t-il ajouté dans la transcription officielle de son point de presse.

Un enjeu énergétique mondial

En 2025, près du quart du commerce maritime mondial de pétrole et environ 20 % des échanges de gaz naturel liquéfié ont transité par Ormuz, selon l’Agence internationale de l’énergie. L’Asie absorbe la majeure partie de ces cargaisons et les capacités de contournement par oléoduc restent limitées.

La formule retenue déterminera aussi le rapport de force issu de la guerre. Un contrôle iranien formalisé sur le trafic entrant renforcerait le levier stratégique de Téhéran. Un retour au dispositif antérieur préserverait, à l’inverse, la conception défendue par Washington et plusieurs monarchies du Golfe, fondée sur un passage sans autorisation politique ni taxe obligatoire.

Les déclarations officielles confirment donc une négociation active, mais elles révèlent aussi l’écart qui reste à combler. Le Qatar réclame le retour au régime antérieur. L’Iran l’exclut publiquement. À Ormuz, la preuve d’un accord ne viendra pas seulement d’un communiqué. Elle reposera sur le retour durable des navires dans un détroit où chaque règle de circulation engage désormais un rapport de puissance.