L’Union européenne espère avancer dès cette semaine sur deux dossiers jusque-là entravés par Budapest, le prêt de 90 milliards d’euros promis à l’Ukraine et les sanctions visant des colons israéliens violents en Cisjordanie.
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L’Union européenne espère avancer dès cette semaine sur deux dossiers jusque-là entravés par Budapest, le prêt de 90 milliards d’euros promis à l’Ukraine et les sanctions visant des colons israéliens violents en Cisjordanie.

Battu aux législatives du 12 avril par Péter Magyar, Viktor Orban laisse derrière lui seize années de pouvoir et, avec elles, l’un des principaux foyers de blocage au sein de l’Union sur l’Ukraine comme sur le Proche-Orient. L’UE veut désormais profiter de cette fenêtre pour faire avancer un prêt de 90 milliards d’euros destiné à Kiev, dont le principe avait été approuvé mais dont la mise en œuvre restait suspendue, ainsi que des mesures contre des colons israéliens violents, bloquées jusqu’ici par un veto hongrois.
Des diplomates européens doivent se réunir cette semaine pour tenter de dégager un consensus sur l’ajustement budgétaire nécessaire au décaissement du prêt. La présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne, en exercice depuis le 1er janvier, conduit cette séquence. La Commission affiche sa confiance. La commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a assuré le 16 avril que l’Union verserait bien ce prêt après l’élection hongroise. Le ministre ukrainien des finances, Serhiy Marchenko, a indiqué que cette enveloppe devait couvrir le déficit de financement de l’Ukraine pour 2026.
La défaite de Viktor Orban ouvre la voie à un financement que Kiev juge urgent pour soutenir son effort de guerre face à la Russie. Mais le changement à Budapest n’efface pas toutes les frictions. Le gouvernement sortant hongrois avait fait de l’arrêt des flux de pétrole russe via l’oléoduc Droujba un levier dans son bras de fer avec l’Ukraine. Kiev soutient que l’infrastructure a été mise hors service par une attaque russe à la fin du mois de janvier. Volodymyr Zelensky a indiqué lundi 20 avril que sa remise en service était attendue d’ici à la fin du mois. Péter Magyar a, lui, appelé à une reprise des livraisons dès que l’ouvrage redeviendra opérationnel.
Cette convergence relative réduit un point de tension, sans le faire disparaître. Le futur chef du gouvernement hongrois se présente comme plus constructif avec Bruxelles que son prédécesseur, sans se ranger pour autant parmi les soutiens les plus engagés de l’Ukraine. Dans plusieurs capitales européennes, la prudence demeure sur l’ampleur réelle du réalignement hongrois, en particulier sur les questions liées à l’adhésion de Kiev à l’Union. L’obstacle principal a donc changé de nature. Il tient moins à un veto frontal qu’à un appui encore incertain dans la durée.
Le second dossier est plus délicat. L’Union dispose déjà d’un projet de sanctions visant des colons israéliens violents en Cisjordanie, mais ce texte se heurtait jusqu’ici au blocage d’un État membre. Kaja Kallas avait indiqué au printemps 2025 que ces sanctions étaient prêtes et qu’un seul pays en empêchait l’adoption. La perspective d’un changement de gouvernement à Budapest redonne donc de l’espace à cette option.
Pour autant, Bruxelles n’en est pas encore au stade de la décision. Réuni ce 21 avril à Luxembourg, le Conseil des affaires étrangères doit d’abord examiner la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, avant d’aborder, au fil de la journée, les dossiers du Moyen-Orient, puis la question d’Israël et de la Palestine. Les Vingt-Sept doivent notamment faire le point sur la situation en Cisjordanie et sur leur soutien au processus politique. Sur le plan institutionnel, toutes les mesures ne relèvent pas des mêmes règles. Les sanctions individuelles exigent l’unanimité. En revanche, une suspension partielle de certains avantages commerciaux liés à l’accord d’association UE-Israël peut relever d’une majorité qualifiée. La suspension de l’accord dans son ensemble obéirait, elle, à une logique plus exigeante politiquement.
Le départ d’Orban augmente les chances d’un mouvement, mais il ne garantit pas une bascule européenne contre Israël. Plusieurs capitales ont déjà plaidé pour une suspension de tout ou partie des préférences commerciales, tandis que d’autres, au premier rang desquelles l’Allemagne, la Hongrie et la République tchèque, s’y sont opposées. L’Italie a durci le ton sur certains dossiers, mais Berlin reste un acteur décisif dans la formation d’une majorité. En clair, la Hongrie n’est plus le verrou automatique qu’elle était. Elle n’est pas remplacée pour autant par un consensus.
Le changement hongrois redonne ainsi de l’air à une Union qui cherche à sortir de l’impuissance sur deux fronts sensibles. Sur l’Ukraine, le déblocage paraît plus proche, même si les dernières étapes procédurales doivent encore être franchies. Sur Israël, l’UE retrouve une marge de discussion qu’elle n’avait plus, sans avoir encore tranché entre pression symbolique et inflexion politique réelle. Les prochaines réunions diront si la fin de l’ère Orban suffit à transformer une possibilité diplomatique en décision européenne.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).