Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a écarté lundi 27 juillet toute demande algérienne de quota de visas à la France. « Le président algérien n’a jamais demandé un quota de visas, un nombre de visas ou parlé de visas », a-t-il assuré lors de son entretien périodique avec des journalistes algériens, diffusé par les médias publics. Le chef de l’État a précisé s’adresser d’abord aux Algériens, puis aux « amis français », avant d’affirmer que son pays ne mendierait jamais.

À l’issue du Conseil des ministres du mercredi 22 juillet, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a rapporté que le président français avait tenu à corriger le cadrage donné par son ambassadeur à Alger. « Il n’y a aucun objectif chiffré en matière de visas et il n’y a aucun laxisme de la part de la France », a-t-elle indiqué en restituant les propos du chef de l’État. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a également assuré que la fixation d’un quota n’avait jamais été abordée dans les discussions avec Alger. 

Un chiffre devenu quota dans le débat

À l’origine de la controverse figure un entretien de Stéphane Romatet réalisé le 14 juillet et publié le lendemain par le média algérien TSA. Interrogé sur la baisse des délivrances, l’ambassadeur de France avait rappelé qu’environ 250 000 visas étaient auparavant accordés chaque année aux ressortissants algériens. Il avait souhaité que ce volume puisse « redémarrer à la hausse et revenir probablement au niveau antérieur à la crise ». 

Le diplomate parlait d’un volume de délivrances et non d’un quota garanti. La nuance s’est effacée lorsque ses propos ont alimenté, à partir du 17 juillet, une polémique en France. Jordan Bardella a dénoncé une « capitulation » et Bruno Retailleau un « renoncement », assimilant la perspective d’une hausse à une concession accordée à Alger. Les déclarations de l’ambassadeur ont ainsi été transformées dans le débat politique en annonce d’un objectif annuel de 250 000 visas, puis en quota négocié.

Le nombre cité repose pourtant sur une donnée publique. La France a délivré 250 085 visas à des ressortissants algériens en 2024, puis 204 243 en 2025, soit un recul de 18,3 %. Parmi les visas accordés l’an dernier, 185 871 étaient de court séjour et 18 371 de long séjour. Plus de neuf sur dix ne permettaient donc pas une installation durable. Ces chiffres, publiés par la direction générale des étrangers en France, montrent que les 250 000 correspondent presque exactement au niveau de 2024, avant que la rupture diplomatique ne produise pleinement ses effets.

Stéphane Romatet avait attribué la baisse à la réduction des effectifs consulaires français et aux difficultés rencontrées par les demandeurs pour obtenir un rendez-vous. Il avait indiqué que Paris et Alger discutaient du rétablissement de leurs personnels diplomatiques et consulaires. Une remontée des capacités de traitement peut donc entraîner davantage de délivrances, sans qu’elle constitue pour autant un objectif politique ou une garantie accordée à l’Algérie.

Paris conditionne le réengagement

Le gouvernement français avait fixé sa ligne avant même l’intervention d’Emmanuel Macron. Le 21 juillet, devant l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait exclu toute « logique de volume » ou de quota. Il avait présenté le réengagement avec Alger comme progressif, réversible et dépendant des résultats obtenus, notamment dans les domaines migratoire, sécuritaire, judiciaire, ainsi que dans la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme. 

Aucun document public ne fixe ainsi un objectif de 250 000 visas. Aucune modification des critères d’attribution n’a non plus été annoncée. Le recadrage de Paris porte sur l’existence d’une cible officielle. Le démenti de Tebboune vise, lui, l’idée d’une requête algérienne. Les deux dirigeants ne rectifient pas exactement la même affirmation, mais ferment ensemble l’hypothèse d’un quota négocié.

Un baromètre du dégel franco-algérien

La question des visas reste indissociable d’une relation bilatérale à peine sortie de près de deux années de crise. La rupture s’est ouverte en juillet 2024, lorsque la France a affirmé que le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivaient dans le cadre de la souveraineté marocaine. Alger avait alors retiré son ambassadeur à Paris, dénonçant un soutien français au plan d’autonomie présenté par Rabat. La crise s’est aggravée au printemps 2025 avec l’expulsion croisée de personnels diplomatiques et le rappel de Stéphane Romatet.

L’ambassadeur a repris ses fonctions à Alger le 8 mai 2026, après plus d’un an d’absence. L’Élysée l’a chargé de travailler au rétablissement d’un dialogue effectif et a salué la reprise de la coopération consulaire, tout en maintenant parmi ses priorités le retour en France du journaliste Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie. Le communiqué présidentiel français insistait également sur la réciprocité et le respect des intérêts nationaux.

Aucune statistique consolidée ne permet encore de mesurer l’évolution des délivrances en 2026. Les deux présidents ont désormais retiré au chiffre de 250 000 toute valeur d’engagement. Il restera un point de comparaison et l’un des premiers indicateurs concrets de la portée du dégel entre Paris et Alger.