« She is France’s last hope », écrit Elon Musk mercredi 15 juillet sur X, soit « Elle est le dernier espoir de la France ». Le propriétaire de la plateforme relaie alors une publication affirmant que les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen ont fortement progressé.
En quelques mots, l’homme d’affaires apporte son soutien à la candidature de la présidente des députés du Rassemblement national. Son intervention offre à Marine Le Pen un relais international de premier plan, à moins d’un an de l’élection présidentielle française.
Elon Musk rassemble environ 240 millions d’abonnés sur X. Il dispose surtout, comme propriétaire du réseau social, d’un pouvoir qui dépasse celui d’un simple utilisateur. Son message ne constitue donc pas seulement une prise de position politique. Il ravive les interrogations sur la capacité du dirigeant d’une plateforme à intervenir dans la circulation et la hiérarchisation des contenus électoraux.
Un soutien plus direct après la condamnation de Marine Le Pen
Elon Musk avait déjà défendu Marine Le Pen en avril 2025, après sa condamnation en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Il avait alors présenté la décision judiciaire comme une « persécution » et encouragé la responsable d’extrême droite à poursuivre son projet présidentiel.
Son nouveau message ne se limite plus à contester les conséquences judiciaires de la condamnation. Il désigne Marine Le Pen comme la seule personnalité susceptible, selon lui, de redresser la France.
Cette prise de position intervient quelques jours après le lancement de la quatrième campagne présidentielle de Marine Le Pen. Le 7 juillet, la cour d’appel de Paris a confirmé sa culpabilité pour détournement de fonds publics européens, tout en modifiant les peines prononcées en première instance.
La présidente des députés RN a été condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis, à 100 000 euros d’amende et à quarante-cinq mois d’inéligibilité, dont trente avec sursis. La partie ferme de cette peine d’inéligibilité, soit quinze mois, est considérée comme exécutée depuis le jugement de mars 2025. Elle peut donc se présenter en 2027 dans l’état actuel de la procédure.
Marine Le Pen a annoncé son intention de former un pourvoi en cassation. « Je veux utiliser toutes les voies de droit qui me sont offertes pour pouvoir défendre mon innocence », a-t-elle expliqué après l’arrêt. Elle a également affirmé avoir accueilli la décision sur son éligibilité avec satisfaction. « J’étais heureuse que l’on rende aux Français leur liberté de voter et que l’on me rende mon éligibilité », a-t-elle déclaré.
Le pourvoi suspend notamment l’exécution de la peine d’un an de détention à domicile sous surveillance électronique. La Cour de cassation ne réexaminera pas les faits. Elle devra déterminer si le droit a été correctement appliqué par les juges d’appel.
Des réactions centrées sur le pouvoir de l’algorithme
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a répondu à Elon Musk sur le même réseau. « Comme on dit en français, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », a-t-il écrit, semblant inviter le milliardaire à revenir sur son soutien.
L’ancien commissaire européen Thierry Breton a estimé que « la saison des ingérences politiques commence ». Il a toutefois distingué la liberté d’expression d’Elon Musk du pouvoir exercé par le propriétaire de X sur le fonctionnement de sa plateforme.
« Elon Musk soutient donc Marine Le Pen. C’est son droit », a-t-il affirmé. Thierry Breton a ensuite demandé aux autorités européennes de s’assurer que l’algorithme de X ne favorise aucun candidat, avant de rappeler que « l’État de droit s’applique à tous, sans exception ».
L’eurodéputée Nathalie Loiseau a également dénoncé le soutien apporté à Marine Le Pen. « Regardez bien de qui Marine Le Pen est la favorite : Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, le champion du profit à tout prix, l’homme qui bafoue les lois européennes et soutient les partis les plus extrémistes partout en Europe, celui qui s’est réconcilié avec Trump », a-t-elle écrit.
À gauche, le député de La France insoumise Antoine Léaument a directement employé le terme d’ingérence. « L’ingérence étrangère d’Elon Musk commence pour l’élection présidentielle », a-t-il dénoncé.
L’élu de l’Essonne a appelé l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique à intervenir. « Les manipulations algorithmiques de l’élection font partie des risques pointés dans mon rapport parlementaire sur l’organisation des élections en France », a-t-il ajouté.
Le Rassemblement national prend ses distances sans refuser le soutien
Le Rassemblement national a accueilli le message d’Elon Musk avec prudence. Le parti cherche à éviter que ce soutien soit présenté comme la preuve d’un lien politique ou d’une coordination avec le milliardaire américain.
« Cela ne nous lie pas à Elon Musk », a déclaré le vice-président du RN Sébastien Chenu. Il a néanmoins repris à son compte la formule employée par le propriétaire de X. « Cela nous permet en tous les cas d’identifier le fait que oui, Marine Le Pen est vraiment le dernier espoir pour la France », a-t-il poursuivi.
Cette réponse permet au RN de conserver le bénéfice politique du message sans endosser les autres engagements d’Elon Musk. Le parti n’a annoncé aucune collaboration avec l’homme d’affaires ni avec ses entreprises.
Une préférence politique qui n’est pas illégale en elle-même
L’accusation d’ingérence ne correspond pas, à ce stade, à une qualification juridique établie. Aucun texte n’interdit à un ressortissant étranger d’exprimer publiquement son soutien à un candidat français.
Le droit électoral prohibe en revanche les contributions financières et les aides matérielles provenant d’un État étranger ou d’une personne morale de droit étranger. Il encadre également les dons versés par des personnes physiques et interdit aux entreprises de financer directement ou indirectement une campagne.
Une éventuelle intervention de X dans la visibilité des candidats poserait donc une question différente de celle du seul message publié par son propriétaire. Elle supposerait d’établir une modification du fonctionnement de la plateforme, un traitement préférentiel ou la fourniture d’un avantage susceptible d’influencer la campagne.
Aucun élément rendu public ne permet pour l’instant d’affirmer qu’un tel mécanisme a été activé au profit de Marine Le Pen. L’accusation formulée par Antoine Léaument et d’autres responsables politiques porte sur un risque de manipulation algorithmique, non sur un fait démontré.
Le règlement européen sur les services numériques impose néanmoins aux très grandes plateformes d’évaluer et de réduire les risques systémiques liés aux processus électoraux. Ces obligations concernent notamment les systèmes de recommandation, la transparence des publicités et les mécanismes susceptibles de manipuler l’opinion.
Une procédure judiciaire distincte déjà ouverte contre X
La polémique intervient alors que X fait déjà l’objet d’une procédure pénale en France. Une première enquête a été ouverte en janvier 2025 après deux signalements mettant notamment en cause le fonctionnement de ses algorithmes.
Les investigations ont conduit à une perquisition dans les locaux français de la plateforme le 3 février 2026. L’opération a été menée par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris avec l’unité nationale cyber de la gendarmerie et en présence d’Europol.
Le parquet avait alors expliqué que « la conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national ».
Le dossier a depuis été élargi à plusieurs infractions présumées. Les investigations portent notamment sur la falsification du fonctionnement d’un système de traitement automatisé de données, l’extraction frauduleuse de données et la diffusion de contenus illicites générés par Grok, l’outil d’intelligence artificielle associé à X.
Une information judiciaire a été ouverte le 6 mai contre les sociétés contrôlant la plateforme ainsi que contre plusieurs de leurs dirigeants. Cette procédure ne constitue pas une déclaration de culpabilité. Elon Musk conteste les accusations et présente l’enquête française comme politiquement motivée.
L’affaire est antérieure au soutien apporté à Marine Le Pen. Elle ne prouve aucune manipulation de l’élection présidentielle de 2027. Elle donne néanmoins une portée supplémentaire aux demandes de transparence formulées par plusieurs responsables politiques.
La Commission européenne mène parallèlement ses propres investigations sur la gestion des risques associés aux systèmes de recommandation de X. Cette procédure relève du règlement européen sur les services numériques et reste distincte de l’enquête pénale conduite en France.
Des interventions répétées dans les débats européens
Le soutien à Marine Le Pen prolonge une série d’interventions d’Elon Musk dans la vie politique européenne. En Allemagne, il avait affirmé que l’Alternative pour l’Allemagne était la seule formation capable de « sauver l’Allemagne ». Il avait ensuite défendu ses positions dans une tribune publiée avant les élections fédérales.
En Roumanie, Elon Musk avait qualifié de « dictateurs » les juges de la Cour constitutionnelle après l’annulation du premier tour de l’élection présidentielle. Cette décision avait été prise dans un contexte marqué par des soupçons d’ingérence russe en faveur du candidat nationaliste Călin Georgescu.
Au Royaume-Uni, le propriétaire de X a relayé et amplifié les publications de plusieurs figures de la droite radicale. Il a également pris position sur la stratégie du parti Reform UK et sur son dirigeant Nigel Farage.
Ces précédents expliquent la vigilance exprimée en France, sans suffire à caractériser juridiquement une ingérence. La question centrale ne porte plus seulement sur le droit d’Elon Musk à soutenir Marine Le Pen. Elle concerne la capacité des autorités, des chercheurs et des citoyens à vérifier que la plateforme qu’il possède ne transforme pas ses préférences politiques en avantage algorithmique.
