Le Brésil a décidé, mardi 4 août, de ne pas renvoyer pour l’heure son ambassadeur en Argentine, Julio Glinternick Bitelli, rappelé à Brasilia neuf jours plus tôt. L’ambassade brésilienne à Buenos Aires reste conduite par un chargé d’affaires, après la répétition des attaques personnelles du président argentin Javier Milei contre son homologue Luiz Inácio Lula da Silva.
Un porte-parole du ministère brésilien des affaires étrangères a indiqué à l’Associated Press que Julio Bitelli ne regagnerait pas son poste tant que Javier Milei poursuivrait ses propos agressifs envers Lula. Aucun calendrier n’a été communiqué. Le diplomate conserve son titre d’ambassadeur et aucune nouvelle affectation n’a été annoncée.
Brasilia a également demandé à l’ambassadeur argentin au Brésil, Guillermo Daniel Raimondi, de regagner son pays. La chancellerie argentine a confirmé cette notification, sans annoncer immédiatement le rappel de son représentant. Raimondi n’a pas été déclaré persona non grata et la démarche brésilienne ne constitue pas une expulsion.
La mesure abaisse le niveau de l’interlocution, mais ne ferme aucun canal. L’ambassade demeure ouverte et le ministre-conseiller Eduardo Uziel, premier diplomate après Bitelli dans l’annuaire officiel argentin, assure la conduite de la mission. La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques prévoit qu’un chargé d’affaires par intérim agit comme chef de mission lorsque l’ambassadeur est absent. Ses fonctions ne se limitent donc pas aux dossiers commerciaux.
Du discours partisan à l’incident diplomatique
En visite privée au Brésil le 25 juillet, Javier Milei participe à la convention du Parti libéral qui investit le sénateur Flávio Bolsonaro pour l’élection présidentielle d’octobre. Sur scène, le dirigeant argentin traite Lula de « voleur » et appelle à son emprisonnement. Il s’en prend aussi au juge du Tribunal suprême fédéral Alexandre de Moraes, qui avait refusé sa demande de visite à Jair Bolsonaro, condamné à plus de vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État et placé en résidence surveillée.
Lula a été emprisonné entre 2018 et 2019 dans des affaires de corruption. Ses condamnations ont toutefois été annulées en 2021 par le Tribunal suprême fédéral, qui a jugé que le tribunal de Curitiba n’était pas compétent pour instruire ces procédures.
Dès le 26 juillet, le ministre brésilien des affaires étrangères, Mauro Vieira, convoque Daniel Raimondi pour lui transmettre la protestation de Brasilia et réclamer des explications. Le même jour, il appelle Julio Bitelli à consultations. Dans sa note officielle, l’Itamaraty dénonce les attaques lancées, sur le sol brésilien, contre le chef de l’État, le pouvoir judiciaire et la population. Le ministère rappelle que les deux pays entretiennent 203 ans de relations diplomatiques.
Javier Milei renouvelle cependant ses attaques les 2 et 4 août. Selon le porte-parole brésilien cité par l’Associated Press, il traite Lula de voleur à trois reprises depuis le dimanche précédent. Cette répétition conduit Brasilia à prolonger sans terme le maintien de Bitelli au Brésil et à ramener la relation bilatérale au niveau des chargés d’affaires.
Buenos Aires dénonce une décision « unilatérale »
La réponse argentine ne contient ni excuse ni engagement à mettre fin aux attaques. Le ministère dirigé par Pablo Quirno qualifie la décision brésilienne d’« unilatérale » et accuse Brasilia de « continuer à s’isoler du reste de la région pour des questions purement idéologiques ».
Buenos Aires soutient que des expressions hostiles et des soutiens politiques croisés ont déjà marqué la relation sans provoquer de sanction diplomatique. La chancellerie assure n’avoir « jamais répondu à une différence politique par une mesure institutionnelle ». Elle ne cite toutefois aucun propos précis de Lula comparable aux attaques répétées de Milei.
Aucune contre-mesure argentine n’est annoncée. Le départ effectif de Raimondi reste également à confirmer. Cette incertitude entretient une situation asymétrique dans laquelle le Brésil a fixé le niveau de ses propres contacts et demandé à Buenos Aires d’en faire autant, sans engager la procédure plus lourde d’une rupture diplomatique.
Le commerce reste hors de la riposte
Le différend touche une relation que la mésentente entre les deux présidents n’avait jusqu’ici pas empêchée de fonctionner. Selon le rapport officiel argentin sur le commerce extérieur en 2025, les échanges de biens entre les deux pays ont atteint environ 31,2 milliards de dollars. Le Brésil est resté le premier débouché des exportations argentines, avec 12,8 milliards de dollars, et son premier fournisseur, avec 18,4 milliards.
Cette interdépendance repose notamment sur des chaînes industrielles et automobiles intégrées. Elle s’étend à l’énergie, aux infrastructures, à la sécurité frontalière et aux négociations du Mercosur. Aucune restriction commerciale, consulaire ou frontalière n’accompagne, à ce stade, la décision de Brasilia.
En soutenant ouvertement Flávio Bolsonaro pendant la campagne présidentielle brésilienne, Javier Milei ne se contente plus d’afficher une proximité idéologique. Il prend parti dans une élection étrangère au moment où Lula sollicite un nouveau mandat. Brasilia répond désormais par ses instruments diplomatiques, après avoir tenté de contenir la querelle dans le registre des relations personnelles.
Jusqu’à nouvel ordre, les deux premières économies du Mercosur continueront donc de traiter leurs dossiers avec un chargé d’affaires à Buenos Aires et, si la demande brésilienne est suivie, sans ambassadeur argentin à Brasilia. Les institutions bilatérales restent en place, mais leur canal politique le plus élevé est désormais vacant.

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