Les cours du pétrole ont perdu plus de 5 % lundi 3 août, portés à la baisse par l’espoir d’une désescalade entre les États-Unis et l’Iran. Vers 07 h 02 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre reculait de 5,29 %, à 83,28 dollars. Le West Texas Intermediate américain cédait 6,14 %, à 79,47 dollars. Les deux références avaient progressé de plus de 20 % en juillet, après la reprise des combats et une série d’incidents visant la navigation dans le golfe d’Oman.

Le mouvement traduit d’abord un changement d’anticipation. Les opérateurs ont réduit le risque d’une nouvelle escalade militaire susceptible d’interrompre durablement les exportations du Golfe. Il ne correspond toutefois ni à une réouverture constatée du détroit d’Ormuz ni à la conclusion d’un accord politique. Une partie des pertes du brut a d’ailleurs été effacée lorsque les autorités iraniennes ont contesté l’existence même de négociations avec Washington.

Une suspension de frappes sans cadre diplomatique établi

Donald Trump a annoncé samedi avoir renoncé à une attaque qu’il présentait comme imminente contre l’Iran. Le président américain a conditionné cette retenue à la conclusion rapide d’un accord prévoyant notamment la réouverture « immédiate, complète et totale » du détroit d’Ormuz et un règlement de la question nucléaire iranienne.

Le président américain a ensuite affirmé que de nouvelles discussions commenceraient lundi après-midi. « Les discussions commenceront lundi », a-t-il déclaré, sans préciser le lieu des échanges ni l’identité des participants. Donald Trump a également indiqué ne pas avoir fixé « d’échéance précise » pour parvenir à un accord, tout en estimant que les discussions devaient aboutir rapidement.

Aucun format officiel de négociation, aucune composition de délégation et aucun calendrier précis n’ont toutefois été annoncés par Washington.

Selon Donald Trump, plusieurs partenaires des États-Unis dans le Golfe, dont l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, l’ont encouragé à privilégier la voie diplomatique. Le président américain s’est entretenu avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont le gouvernement plaide pour une réduction des tensions régionales. La Maison Blanche a confirmé cet échange sans présenter de feuille de route commune.

L’annonce américaine n’a pas été suivie d’une confirmation iranienne. Lundi matin, le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a affirmé qu’aucun dialogue direct avec Washington n’était engagé.

« À l’heure où je vous parle, nous n’avons aucun projet pour un prochain cycle de négociations », a déclaré le responsable iranien, selon des propos rapportés par plusieurs médias.

Esmaïl Baghaï a précisé que les échanges en cours concernaient uniquement Oman et portaient sur des questions liées à la navigation dans le détroit d’Ormuz. Selon lui, « un accord avec Oman ne signifie pas la réouverture du détroit », tant que les conditions politiques et sécuritaires actuelles demeurent inchangées.

Le différend ne porte donc pas seulement sur le calendrier. Washington décrit une négociation globale associant liberté de navigation, arrêt des hostilités et dossier nucléaire. Téhéran évoque pour sa part un mécanisme maritime limité, discuté avec un médiateur régional, sans reconnaître l’ouverture d’un canal direct avec l’administration américaine.

Ormuz reste au cœur du rapport de force

L’Iran et Oman ont bien engagé des consultations techniques et juridiques sur la navigation dans le détroit. Une réunion organisée en juillet à Mascate a porté sur la sécurité maritime, les droits souverains des États riverains et les règles applicables au passage des navires.

Les deux pays avaient alors convenu de poursuivre les échanges, sans annoncer de dispositif opérationnel ni de réouverture générale.

Les autorités iraniennes avaient déjà précisé, à la fin de juin, qu’elles n’étaient pas entrées dans la négociation d’un accord définitif. Elles conditionnaient cette étape à l’application préalable de plusieurs dispositions du protocole conclu avec Washington au mois de juin.

Oman continue de défendre la liberté de navigation dans le respect du droit international. Mascate n’a toutefois pas confirmé lundi la conclusion imminente d’un accord correspondant aux annonces iraniennes.

Sur le terrain, la circulation reste réduite et exposée. D’après des données maritimes citées par Reuters, dix navires marchands transportant des matières premières ont franchi la zone samedi, contre dix-neuf la veille. Un méthanier transportant du gaz de pétrole liquéfié a été repéré dimanche, même si certaines traversées peuvent échapper au suivi lorsque les systèmes d’identification sont coupés.

L’organisme britannique UK Maritime Trade Operations a également signalé plusieurs incidents visant des pétroliers depuis samedi, sans attribuer publiquement leur responsabilité.

Avant le conflit, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitait par le détroit. Sa fermeture partielle affecte directement les exportations de plusieurs producteurs du Golfe et renchérit les coûts d’assurance, de transport et de sécurisation des cargaisons.

Le contrôle de cette voie maritime fournit ainsi à Téhéran un moyen de pression qui dépasse le seul face-à-face militaire avec Washington.

Le précédent de juin nourrit la prudence

L’écart entre les annonces américaines et iraniennes rappelle la fragilité du précédent processus diplomatique engagé en juin. Cet arrangement avait permis une reprise temporaire de la navigation et ouvert une période de discussions sur les dossiers les plus sensibles.

Les modalités durables de circulation dans Ormuz et l’avenir du programme nucléaire iranien avaient toutefois été renvoyés à des négociations ultérieures.

La séquence s’est rapidement défaite. La reprise des hostilités a ravivé les tensions autour du détroit et réduit les perspectives d’un règlement rapide.

Cette expérience explique la réaction mesurée des analystes malgré la forte baisse des cours. Tony Sycamore, analyste chez IG Markets, estime que les espoirs d’accord peuvent à nouveau se dissiper si l’Iran maintient sa stratégie de pression dans le détroit ou si de nouveaux incidents frappent des installations américaines et des navires marchands.

Un répit pour les marchés, pas encore une percée

La perspective d’une offre mondiale plus abondante a renforcé la baisse du pétrole. Réunis dimanche, plusieurs membres de l’OPEP+ ont approuvé une augmentation de leur production. Cette décision doit accompagner la suppression progressive de certaines réductions volontaires, mais son effet réel dépendra de la capacité des producteurs à exporter leurs volumes dans un environnement maritime encore perturbé.

Sur les marchés d’actions, la détente pétrolière a favorisé les secteurs les plus exposés aux coûts de l’énergie. En Europe, les valeurs liées au transport et à l’industrie ont bénéficié de la baisse du brut, tandis que les titres énergétiques reculaient.

En Asie, la séance est restée plus contrastée. Tokyo a reculé et Séoul a enregistré une forte baisse, dans un mouvement également lié aux variations monétaires et à la volatilité persistante des valeurs technologiques.

La prochaine étape ne réside plus dans une nouvelle déclaration, mais dans des signes vérifiables. La désignation de négociateurs, l’annonce d’un lieu de rencontre, la cessation des attaques et une hausse durable du trafic maritime permettraient d’établir qu’un processus diplomatique a réellement commencé.

En leur absence, la baisse du pétrole repose encore sur une perspective contestée. Washington affirme avoir ouvert une voie de négociation. Téhéran nie l’existence d’un dialogue direct. Entre les deux versions, le détroit d’Ormuz reste le point de tension central et le principal indicateur de la solidité de la détente annoncée.