L’administration Trump a révoqué, mardi 4 août, le visa de l’ambassadrice du Brésil aux États-Unis, Maria Luiza Ribeiro Viotti. La décision a été confirmée à Reuters et à l’Associated Press par plusieurs responsables du Département d’État s’exprimant sous couvert d’anonymat. Aucun ordre de révocation détaillant son fondement individuel n’a été rendu public.

Washington invoque deux griefs. Le premier porte sur le refus du Brésil d’accorder des visas à deux hauts responsables américains qui souhaitaient se rendre à Brasilia avant le scrutin du 4 octobre. Le second concerne l’absence d’agrément brésilien pour Daniel Perez, choisi par Donald Trump afin de diriger l’ambassade des États-Unis au Brésil.

Un haut responsable du Département d’État a présenté la décision comme une mesure destinée à rétablir la réciprocité. « Dans ces circonstances, compte tenu du long délai et de l’absence de perspective de sortie de l’impasse sur l’agrément, nous avons pris une mesure de réciprocité à l’égard d’une diplomate brésilienne afin de montrer que la relation ne peut pas toujours fonctionner à sens unique », a-t-il déclaré à Reuters.

Une révocation sans expulsion

La décision ne signifie pas que Maria Luiza Ribeiro Viotti doit quitter les États-Unis. « La mesure prise a consisté à révoquer ou à annuler le visa d’une haute diplomate en poste ici. Ce n’est pas la même chose que d’expulser cette personne du pays », a expliqué le même responsable américain.

« Cela signifie qu’elle se trouve ici, mais sans visa, et que son visa serait rétabli si l’équilibre était restauré par l’octroi de l’agrément au candidat que nous avons choisi pour le poste d’ambassadeur », a-t-il ajouté.

Le Département d’État a également précisé que Viotti n’avait pas été déclarée persona non grata. Elle peut rester sur le territoire américain, mais devra solliciter un nouveau visa si elle quitte le pays et souhaite y revenir, selon les explications fournies à G1.

Cette distinction est déterminante. La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques autorise un État à demander le rappel d’un diplomate en le déclarant persona non grata. Washington n’a pas engagé cette procédure et aucun retrait formel de l’accréditation de Viotti n’a été annoncé. Les conséquences précises de la révocation sur l’exercice quotidien de ses fonctions n’ont toutefois pas été publiquement détaillées.

En poste depuis 2023, Maria Luiza Ribeiro Viotti a auparavant représenté le Brésil auprès des Nations unies. Elle est la première femme à diriger l’ambassade brésilienne à Washington.

L’agrément de Daniel Perez au cœur du bras de fer

La Maison-Blanche a transmis le 1er juin au Sénat la candidature de Daniel Perez, président républicain de la Chambre des représentants de Floride. La commission des affaires étrangères a approuvé sa nomination le 22 juillet, par 13 voix contre 8, mais le vote en séance plénière restait en attente au moment de la révocation du visa de Viotti. Perez n’est donc pas encore un ambassadeur confirmé.

La procédure américaine et l’agrément brésilien constituent deux étapes distinctes. L’article 4 de la Convention de Vienne impose à l’État qui souhaite accréditer un chef de mission d’obtenir l’accord du pays d’accueil. Le texte ne fixe aucun délai de réponse et n’oblige pas l’État hôte à expliquer un éventuel refus.

Dans un communiqué transmis à la presse et reproduit intégralement par G1 et CNN Brasil, le gouvernement brésilien affirme que la procédure d’agrément est confidentielle et que le nom du candidat ne devrait être rendu public qu’après l’accord du pays d’accueil.

« Aucune règle de la Convention de Vienne ne fixe de délai pour l’octroi de l’agrément. La demande américaine est toujours en cours d’examen », souligne le communiqué.

La Convention impose bien l’obtention de l’agrément avant l’accréditation du diplomate. Elle ne précise toutefois pas expressément que la candidature doit rester confidentielle ni qu’elle ne peut pas être annoncée dans le cadre de la procédure politique interne du pays d’envoi. La confidentialité invoquée par Brasilia relève donc d’une pratique diplomatique revendiquée par le gouvernement brésilien, et non du libellé littéral de l’article 4.

L’administration Trump accuse au contraire le Brésil d’avoir retardé le processus. « Le président Trump a le droit de déterminer qui représente le peuple et les intérêts américains dans le monde. Nous rejetons toute tentative de pays étrangers d’interférer dans nos procédures internes », a déclaré le Département d’État au Guardian.

Cette déclaration ne retire cependant pas au Brésil le droit d’accepter ou de refuser un candidat. Le contentieux porte donc moins sur un rejet acté que sur le calendrier et la manière de conduire la procédure. Le poste d’ambassadeur américain à Brasilia est vacant depuis janvier 2025, après le départ d’Elizabeth Bagley lors du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Deux refus de visa et deux versions opposées

La seconde justification américaine renvoie à la décision prise par le Brésil le 24 juillet contre Riley Barnes, secrétaire d’État adjoint chargé de la démocratie, des droits humains et du travail, et Samuel Samson, l’un de ses adjoints. Les deux responsables devaient séjourner à Brasilia du 27 au 30 juillet.

Le Département d’État affirme qu’ils souhaitaient rencontrer des responsables publics, des représentants religieux et des membres de la société civile afin d’évoquer l’intégrité électorale, la liberté religieuse et la liberté d’expression. Washington décrit une mission ordinaire et rejette toute accusation d’ingérence.

« Toute insinuation selon laquelle il s’agirait d’un “stratagème” visant à saper l’élection d’une nation démocratique est un mensonge sans fondement », a soutenu le Département d’État dans une réponse rapportée par l’Associated Press.

Le gouvernement brésilien défend la version opposée. Il affirme que les deux responsables américains prévoyaient de « mettre en doute l’intégrité du système électoral brésilien », dans ce qu’il qualifie de « tentative inacceptable d’ingérence dans le processus politique national ».

Deux responsables brésiliens avaient déjà présenté cette version à Reuters. Aucun programme de visite ou document public ne permet néanmoins de déterminer de manière indépendante quelles étaient les intentions précises de la délégation.

La réciprocité revendiquée par Washington ne porte pas sur deux situations identiques. Le Brésil a empêché une délégation ponctuelle d’entrer sur son territoire. Les États-Unis ont visé une cheffe de mission déjà accréditée et installée dans le pays. Ils ont néanmoins choisi de ne pas aller jusqu’à son expulsion.

La présidentielle brésilienne en toile de fond

La confrontation intervient alors que Luiz Inácio Lula da Silva brigue un quatrième mandat face au sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro et allié politique de Donald Trump. Le premier tour est prévu le 4 octobre.

La question du vote électronique est particulièrement sensible au Brésil. Jair Bolsonaro a contesté pendant plusieurs années la fiabilité des urnes sans apporter de preuve de fraude. Il a depuis été condamné à vingt-sept ans de prison pour son rôle dans une tentative de renversement du résultat de l’élection de 2022. Son fils a repris une partie de ses critiques tout en évitant, lors du lancement de sa candidature, de contester directement l’intégrité du prochain scrutin.

Dans son communiqué, le gouvernement brésilien rejette frontalement les arguments américains. « Les deux justifications présentées sont fausses », affirme-t-il.

« La décision d’aujourd’hui n’est pas un fait isolé », poursuit le texte. Brasilia l’inscrit dans une « escalade délibérée de mesures hostiles au Brésil », qu’il estime motivées par des considérations idéologiques incompatibles avec le respect mutuel. Le gouvernement accuse également Washington de vouloir intervenir de manière indue dans la prochaine élection présidentielle.

La crise dépasse le seul dossier des visas. L’administration Trump a imposé des droits de douane pouvant atteindre 37,5 % sur plusieurs milliers de produits brésiliens. Elle a également visé par des restrictions migratoires des magistrats et de hauts responsables brésiliens, dans le prolongement de ses critiques contre les poursuites engagées contre Jair Bolsonaro. Le Brésil a répondu par plusieurs mesures de réciprocité depuis mars.

Le gouvernement brésilien maintient néanmoins son offre de discussion. « Fidèle à sa tradition diplomatique, le gouvernement brésilien s’oppose à la logique de confrontation et réaffirme son attachement au dialogue et à la négociation dans toutes ses relations internationales », conclut son communiqué.

Washington tient un discours comparable sur la nécessité de préserver les échanges. « Nous voulons retrouver une situation dans laquelle nous entretenons avec nos homologues une relation normale, productive et transparente », a déclaré à Reuters le haut responsable du Département d’État.

Les prochaines échéances sont désormais clairement identifiées. Le Sénat américain doit achever l’examen de Daniel Perez et Brasilia doit décider s’il lui accorde son agrément. Tant que ces deux procédures resteront pendantes, les États-Unis n’auront pas d’ambassadeur à Brasilia, tandis que la représentante brésilienne à Washington pourra rester sur place, mais sans visa valide.

Le canal diplomatique demeure ouvert. Il est désormais placé sous condition.