Une attaque russe de grande ampleur a frappé Kiev et sa périphérie dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 août, provoquant des incendies dans des entrepôts, des entreprises et des installations logistiques. À la mi-journée, le ministère ukrainien de l’intérieur recensait 17 civils tués. Une femme de 60 ans est morte dans la capitale et 16 personnes ont été tuées dans la région. Le bilan reste provisoire, les secours poursuivant le déblaiement sur plusieurs sites.

Le nombre exact de blessés n’est pas encore consolidé. Le ministère de l’intérieur en compte au moins 16 à Kiev et près de 30 dans la région. L’administration militaire municipale avait pourtant porté son propre décompte à 26 blessés dans la capitale. Cet écart n’a pas été expliqué. Faute de total consolidé plus récent, le bilan publié par Volodymyr Zelensky, soit 17 morts et 44 blessés, reste la référence nationale disponible à la mi-journée.

Dans Kiev, les pompiers ont éteint les incendies provoqués dans les districts d’Obolon, Sviatochyne, Holosiïv et Desna. Quelque 680 secouristes et 140 véhicules ont été mobilisés, selon le service ukrainien des situations d’urgence. Autour de la capitale, des foyers brûlaient encore à la mi-journée dans les districts de Brovary et de Boutcha. Au plus fort des opérations, le feu a couvert environ 230 000 mètres carrés, d’après le ministère de l’intérieur.

Une salve à dominante balistique

L’attaque a commencé dès 18 heures mardi par des lancements de drones. Dans son bilan de 8 h 30, l’armée de l’air ukrainienne recense 24 missiles balistiques Iskander-M ou tirés depuis des systèmes S-400, quatre missiles identifiés comme des Zircon ou des Oniks et 115 drones. Parmi ces derniers figuraient des Shahed, des Gerbera, des Italmas et des leurres. Une part importante était constituée de modèles à réaction, selon Kiev.

Les missiles auraient été lancés depuis les régions russes de Briansk, de Koursk et de Rostov. Les drones seraient partis de plusieurs secteurs de Russie, ainsi que des territoires ukrainiens occupés de Donetsk et de Crimée. Ces données, fournies par l’un des belligérants, n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

La défense ukrainienne affirme avoir abattu ou neutralisé 98 drones. Elle signale des impacts de missiles et de 17 drones sur 26 sites, ainsi que des chutes de débris sur six autres. Son communiqué ne revendique aucune interception de missile. Il ne permet toutefois pas d’établir que les 28 projectiles ont tous atteint leur cible.

Des sites civils pour Kiev, militaires pour Moscou

La nature des installations visées concentre le désaccord. Volodymyr Zelensky affirme que la frappe a principalement touché les entrepôts d’entreprises civiles, ainsi qu’une gare et d’autres infrastructures. Il cite une brasserie, des dépôts de matériaux de construction et des plateformes de logistique civile. À Kiev, une fuite portant sur environ 300 litres d’ammoniac a été contenue sur le site d’une brasserie, sans menace signalée pour la population.

Dans la région, de grands incendies ont ravagé des entrepôts à Brovary, Velyka Dymerka, Kvitneve et Peremoha. Un autre dépôt a brûlé à Tchaïky et un site logistique a été touché à Sofiivska Borchtchahivka, dans le district de Boutcha. Une entreprise du district de Fastiv a également été frappée. Des photographes de l’Associated Press et de Reuters ont documenté les incendies et les destructions dans plusieurs entrepôts, sans pouvoir établir la nature de toutes les marchandises qui s’y trouvaient.

L’opérateur postal privé Nova Poshta affirme que son centre de tri de la zone de Kiev a été détruit par une munition à sous-munitions. Trois personnes ont été tuées, dont deux chauffeurs employés par une société partenaire et un salarié d’un sous-traitant. Huit autres ont été blessées, selon le communiqué de l’entreprise. L’emploi d’une munition à sous-munitions n’a pas été confirmé de manière indépendante.

Le distributeur Epicentr annonce de son côté la mort d’un salarié et trois blessés dans ses installations, selon l’Associated Press.

Moscou confirme avoir mené une frappe massive contre Kiev et sa région. Le ministère russe de la défense nomme sept centres de transport, de tri ou de distribution. Il soutient qu’ils servaient au stockage et à la livraison d’armes, à la fabrication de drones ou à la distribution de composants et de matériels de guerre électronique. Le communiqué ne fournit aucun élément permettant d’étayer ces affirmations et ne mentionne pas les victimes. En l’état, il est impossible de vérifier indépendamment le contenu des entrepôts ou de départager les deux versions.

Les intercepteurs au cœur de l’urgence

L’absence d’interception de missile revendiquée par Kiev donne à la frappe sa portée stratégique. Quatre jours plus tôt, dans la nuit du 31 juillet au 1er août, la Russie avait déjà tiré 27 missiles balistiques ou lancés depuis des S-400. La défense ukrainienne n’en avait intercepté qu’un. Cette attaque avait fait au moins neuf morts et 33 blessés dans la capitale, selon l’Associated Press.

L’Ukraine dépend surtout des systèmes Patriot livrés par ses alliés pour contrer les missiles balistiques. Leurs intercepteurs sont en nombre limité. « Les intercepteurs antibalistiques auraient pu sauver la vie des personnes tuées aujourd’hui », a affirmé Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien demande aux partenaires qui ne peuvent pas livrer davantage de munitions de renforcer les sanctions contre la production balistique russe.

La réponse dépend en grande partie de décisions prises hors d’Ukraine. Au sommet de l’OTAN à Ankara, le 8 juillet, Donald Trump avait promis à Kiev une licence pour produire des intercepteurs Patriot. Le 31 juillet, le président américain est revenu sur cet engagement en déclarant qu’aucune décision finale n’avait été arrêtée, selon l’Associated Press. Cette incertitude laisse entier le problème immédiat des stocks disponibles.

La répétition de ces salves s’inscrit dans une hausse plus large des pertes civiles. La mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU a recensé au moins 293 civils tués et 1 990 blessés en Ukraine en juin. Il s’agissait du mois le plus meurtrier pour les civils depuis avril 2022, selon son dernier bilan mensuel.

La logistique prise dans la guerre de profondeur

Les frappes contre les chaînes d’approvisionnement se multiplient des deux côtés du front. Kiev mène depuis plusieurs mois une campagne de drones à longue portée contre les raffineries et les entrepôts russes. Dans la nuit de mardi à mercredi, un dépôt de Wildberries a été touché dans la région de Toula, selon l’entreprise et le gouverneur régional cités par l’Associated Press. Le ministère russe de la défense affirme avoir intercepté 475 drones ukrainiens au-dessus de la Russie, de la Crimée annexée et des mers Noire et d’Azov. Ce chiffre n’a pas pu être vérifié.

Cette simultanéité ne suffit pas à établir un lien de cause à effet. Moscou n’a pas présenté sa frappe sur Kiev comme une riposte dans ses communiqués du 5 août. Elle révèle cependant une même ligne de tension. Chaque camp qualifie désormais des réseaux commerciaux ou logistiques adverses de maillons militaires, tandis que la fonction exacte des sites reste souvent invérifiable après leur destruction.

Selon une source ukrainienne citée par Reuters, Washington et Kiev ont discuté à la fin de juillet d’un projet de trêve aérienne. Celui-ci n’a, pour l’heure, produit ni accord ni calendrier. Le Kremlin jugeait encore prématuré de le commenter. À Kiev, l’échéance immédiate reste matérielle. Elle tient à l’arrivée d’intercepteurs avant une nouvelle salve balistique.