La Cour suprême du Venezuela a ordonné que la vice présidente Delcy Rodríguez assume immédiatement, par intérim, les attributions du chef de l’État, au lendemain de la capture annoncée de Nicolás Maduro par les États Unis lors d’une opération militaire. La décision émane de la chambre constitutionnelle, qui affirme vouloir garantir la continuité administrative et la défense intégrale de la nation, tout en reconnaissant qu’un débat juridique doit encore préciser le cadre applicable à cette situation inédite d’absence forcée du président.

Dans l’entourage du pouvoir, Delcy Rodríguez apparaît comme le choix de la stabilité institutionnelle. Figure centrale du dispositif chaviste, elle s’est imposée ces dernières années comme un rouage politique et opérationnel du régime. Peu après l’opération américaine, elle a publiquement exigé la libération de Maduro, qu’elle a qualifié d’unique président du Venezuela, tout en rejetant l’idée d’une tutelle extérieure.

Un intérim décidé par le judiciaire pour éviter un vide institutionnel

Sur le fond, la Cour suprême n’a pas déclaré Nicolás Maduro définitivement empêché, une qualification qui, dans la pratique, aurait ouvert une autre séquence constitutionnelle et politique. Ce choix est déterminant car il fixe la nature de l’intérim et repousse, à ce stade, l’activation automatique d’un calendrier électoral accéléré.

Le texte de la décision tel que rapporté par plusieurs médias insiste sur deux objectifs immédiats. Maintenir l’appareil de l’État en état de fonctionnement, et encadrer la riposte institutionnelle face à une atteinte présentée comme extérieure à la souveraineté nationale. La Cour annonce aussi vouloir se réunir pour trancher la doctrine applicable afin de garantir la continuité de l’État, l’administration du gouvernement et la défense de la souveraineté.

Le droit constitutionnel à l’épreuve d’une absence forcée

La Constitution vénézuélienne prévoit plusieurs régimes de remplacement. En cas d’indisponibilité permanente survenant durant les quatre premières années du mandat, une nouvelle élection doit être organisée dans les trente jours, tandis que le ou la vice présidente assure la charge présidentielle jusqu’à l’élection et la prise de fonctions du successeur. Elle prévoit aussi un régime d’indisponibilité temporaire, assuré par la vice présidence pour une durée déterminée, avec un rôle d’arbitrage de l’Assemblée nationale si la situation se prolonge.

Reste la difficulté politique et juridique du moment. La capture d’un président en exercice par une puissance étrangère est un scénario que le texte constitutionnel ne décrit pas explicitement, ce qui nourrit l’incertitude sur la qualification exacte de l’absence et sur l’autorité appelée à constater une éventuelle indisponibilité permanente. Dans ce contexte, la décision de la Cour suprême vise à verrouiller l’exécutif par un intérim sans conclure, pour l’instant, à une vacance irréversible du pouvoir.

Un pouvoir par intérim sous pressions internes et internationales

Sur le terrain politique, l’intérim de Delcy Rodríguez s’ouvre dans une atmosphère de confrontation diplomatique. Washington affirme vouloir piloter une transition, tandis que Caracas dénonce une violation de souveraineté et cherche à préserver la continuité du régime. Entre ces deux récits, l’opposition vénézuélienne tente de peser sur la suite, en défendant l’idée d’une transition et d’un transfert rapide de légitimité. La cristallisation de ces positions rend probable une séquence tendue où s’entremêlent droit constitutionnel, contrôle effectif des institutions et reconnaissance internationale.