Reçu vendredi 10 juillet à l’Élysée, Cyril Ramaphosa s’est entretenu avec Emmanuel Macron avant un dîner offert par le président français. En présence des deux chefs d’État, les ministres des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et Ronald Lamola ont signé un protocole d’accord formalisant une Commission ministérielle mixte.
« La France est un partenaire stratégique clé pour l’Afrique du Sud et nous entretenons une coopération bilatérale de longue date dans les domaines du commerce et de l’investissement, de l’énergie, de la défense, de l’éducation et des échanges entre nos populations », a déclaré Cyril Ramaphosa à l’ouverture des discussions.
Le texte ne crée pas un partenariat stratégique entièrement nouveau et n’a pas été signé par les deux présidents. Il donne une assise institutionnelle à une relation que Pretoria qualifie déjà de stratégique. La transformation du Forum franco-sud-africain de dialogue politique en Commission ministérielle mixte avait été décidée lors de la visite d’Emmanuel Macron en Afrique du Sud, en mai 2021. Le protocole conclu à Paris en précise désormais le fonctionnement sous la coprésidence des deux ministres des Affaires étrangères.
Un mécanisme attendu depuis 2021
La signature doit permettre aux deux gouvernements de suivre plus régulièrement les accords existants et les négociations en cours. Lors de leur précédent forum politique, organisé en mai 2025 à La Celle-Saint-Cloud, Jean-Noël Barrot et Ronald Lamola avaient déjà relevé la nécessité d’améliorer la mise en œuvre des engagements bilatéraux.
Les deux pays travaillent notamment sur le nucléaire civil, les transports, la mobilité professionnelle, la protection d’espaces marins ainsi que les opérations de recherche et de sauvetage. Plusieurs de ces dossiers restent ouverts.
« À la suite de votre visite d’État en Afrique du Sud en 2021, Monsieur le Président, le Forum a été élevé au rang de Commission ministérielle mixte. Je me réjouis que le protocole d’accord soit signé aujourd’hui par nos ministres des Affaires étrangères respectifs. Cette étape confirme notre engagement commun à approfondir notre coopération bilatérale », a précisé Cyril Ramaphosa devant Emmanuel Macron.
Dans le domaine militaire, les deux gouvernements prévoient de réunir en Afrique du Sud, en octobre, leur treizième dialogue stratégique de défense. Cette rencontre, attendue depuis plusieurs années, doit permettre d’évaluer l’application du protocole de coopération militaire et d’examiner de nouveaux domaines de travail commun.
Les entretiens présidentiels ont également porté sur les crises internationales, notamment les guerres au Proche-Orient et en République démocratique du Congo. Paris a fait état d’une convergence de vues entre les deux dirigeants sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux.
Cyril Ramaphosa a défendu le multilatéralisme, le respect de la Charte des Nations unies et le recours au droit international. « Le multilatéralisme est le moyen le plus efficace de répondre à ces défis mondiaux collectifs. Aucun pays ne peut résoudre seul ces problèmes. L’environnement international actuel exige des partenariats plus solides, une action collective et un engagement renouvelé en faveur des principes de la Charte des Nations unies et du droit international », a-t-il affirmé.
Cette proximité n’efface pas les différences entre Paris et Pretoria. Membre des BRICS et seule puissance africaine siégeant au G20, l’Afrique du Sud revendique une diplomatie autonome. Ses positions sur les conflits internationaux et les rapports entre les puissances occidentales et le Sud global divergent parfois de celles de la France. Les deux pays partagent néanmoins un intérêt pour la réforme de la gouvernance mondiale, le développement du continent africain et la recherche de solutions négociées aux conflits.
Les investissements français au premier plan
Le volet économique a occupé une place centrale dans le déplacement. Samedi, Cyril Ramaphosa a rencontré des dirigeants d’entreprises françaises afin de promouvoir le programme d’infrastructures engagé par son gouvernement.
Trente entreprises françaises ont annoncé cette année des engagements représentant environ 1,11 milliard d’euros, soit 20,7 milliards de rands, lors de la sixième Conférence sud-africaine sur l’investissement organisée en mars à Johannesburg. Ces annonces concernent plusieurs secteurs considérés comme prioritaires par Pretoria. Aucun calendrier détaillé de décaissement n’a toutefois été rendu public.
« Cette année, trente entreprises françaises se sont engagées à investir environ 1,11 milliard d’euros dans plusieurs secteurs économiques essentiels », a déclaré Cyril Ramaphosa. Le président sud-africain estime que ces engagements traduisent « la confiance croissante des entreprises françaises dans notre économie et dans ses perspectives de croissance ».
Pretoria veut notamment attirer les groupes français dans son programme de modernisation des infrastructures. « Alors que nous lançons le plus vaste programme de construction d’infrastructures de masse de l’histoire de notre pays, nous souhaitons que les entreprises françaises y participent, ainsi que dans d’autres secteurs », a poursuivi Cyril Ramaphosa.
Les échanges bilatéraux ont progressé de 7,7 % en 2025 pour atteindre environ 2,72 milliards de dollars. Les exportations sud-africaines vers la France ont augmenté de 42,2 %, à près de 790 millions de dollars. Depuis 2003, les sociétés françaises ont investi plus de 7 milliards de dollars en Afrique du Sud et créé près de 16 000 emplois dans les énergies renouvelables, les services, les transports, les communications et les technologies de l’information. Ces chiffres n’ont pas été accompagnés d’une ventilation complète par entreprise ou par projet.
La coopération scientifique constitue un autre axe du rapprochement. Cyril Ramaphosa a salué l’entrée de la France comme quatorzième État membre du Square Kilometre Array Observatory, vaste projet international de radioastronomie dont une partie des installations se trouve en Afrique du Sud.
Les deux gouvernements ont également identifié l’intelligence artificielle, les sciences océaniques, la santé des sols et la gestion de l’eau comme domaines prioritaires. Des négociations se poursuivent parallèlement sur les transports, l’usage pacifique de l’énergie nucléaire et la mobilité entre les deux pays.
Le différend du G7 en arrière-plan
La visite intervient moins d’un mois après le sommet du G7 organisé à Évian, auquel Cyril Ramaphosa n’a pas participé. En mars, son porte-parole Vincent Magwenya avait affirmé que Paris avait renoncé à inviter le président sud-africain sous la pression de Washington. Cyril Ramaphosa avait ensuite corrigé cette version et indiqué qu’il n’avait pas connaissance d’une intervention américaine.
La France a toujours nié avoir cédé aux États-Unis. « La France n’a cédé à aucune pression », avait assuré Jean-Noël Barrot. Paris avait expliqué avoir choisi un format resserré et invité le Kenya dans le prolongement du sommet Africa Forward organisé à Nairobi en mai.
La Maison Blanche avait également soutenu que la sélection du Kenya résultait de consultations entre les membres du G7. Pretoria estimait toutefois qu’une invitation personnelle avait auparavant été adressée à Cyril Ramaphosa. Les différentes versions n’ont jamais été entièrement conciliées.
Aucun des deux présidents n’a publiquement insisté sur cet épisode pendant la visite. La réception de Cyril Ramaphosa à l’Élysée et la formalisation de la Commission ministérielle mixte montrent néanmoins la volonté des deux gouvernements de refermer le différend sans relancer publiquement le débat sur les pressions attribuées à Washington.
De l’UNESCO à la mémoire de Delville Wood
Le déplacement avait commencé vendredi matin au siège parisien de l’UNESCO. Cyril Ramaphosa y a coprésidé le groupe des dirigeants du Comité directeur de haut niveau consacré à l’Objectif de développement durable sur l’éducation. Il a ensuite participé au bilan du Sommet sur la transformation de l’éducation, quatre ans après la réunion organisée par les Nations unies en 2022.
Les travaux ont porté sur le financement des systèmes éducatifs, la formation des enseignants, l’apprentissage tout au long de la vie, la transformation numérique et la préparation de l’agenda mondial de l’après-2030.
« Une éducation de qualité ne doit jamais devenir un privilège réservé à quelques-uns », a défendu Cyril Ramaphosa. Le président sud-africain a présenté l’éducation comme « le fondement et le moteur » des autres objectifs de développement durable.
Il a terminé son séjour dimanche à Longueval, dans la Somme, lors de la commémoration du 110e anniversaire de la bataille du bois Delville. Plus de 3 000 soldats de la première brigade d’infanterie sud-africaine étaient entrés dans le bois le 15 juillet 1916. Après six jours et cinq nuits de combats, des centaines avaient été tués et des milliers blessés, capturés ou portés disparus.
Dans son discours, Cyril Ramaphosa a élargi l’hommage aux plus de 20 000 Sud-Africains noirs du South African Native Labour Contingent, longtemps tenus à l’écart du récit militaire officiel. Il a également évoqué les plus de 600 hommes morts lors du naufrage du SS Mendi en 1917.
« Le sacrifice n’a pas de couleur et le courage n’appartient à aucune communauté en particulier », a-t-il déclaré. « Pendant trop longtemps, l’Afrique du Sud n’a commémoré qu’une partie de cette histoire. Aujourd’hui, nous nous en souvenons dans sa totalité. »
Le président sud-africain a appelé son pays à construire une mémoire nationale affranchie des divisions raciales héritées de l’apartheid. « Nous ne pouvons pas honorer le soldat et oublier le travailleur qui l’approvisionnait. Nous ne pouvons pas nous souvenir du bois Delville et négliger le SS Mendi. Nous devons construire une mémoire commune », a-t-il insisté.
Après les gestes diplomatiques de Paris, cette dernière étape a replacé la relation franco-sud-africaine dans une histoire plus ancienne. Sa traduction politique dépendra désormais de la réunion effective de la Commission ministérielle mixte, de la tenue du dialogue de défense prévu en octobre et de la conclusion des accords encore en négociation.

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