Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi ont affiché, ce mardi à Mumbai, la volonté de renforcer un partenariat stratégique qui s’appuie déjà largement sur la défense, au moment où l’Inde accélère ses grands arbitrages d’équipement militaire. La visite intervient quelques jours après une décision du Defence Acquisition Council (DAC), organe clé de la procédure d’acquisition, qui a accordé une « Acceptance of Necessity » pour plusieurs programmes, dont le Multi Role Fighter Aircraft (MRFA) mentionnant explicitement le Rafale.
Le ministère indien de la Défense, via un communiqué publié par le Press Information Bureau, a indiqué, le 12 février dernier, que le DAC, présidé par le ministre de la Défense Rajnath Singh, avait validé une AoN pour des propositions d’environ 3,60 lakh crore de roupies. Pour l’armée de l’air (IAF), l’AoN couvre « le MRFA (Rafale) », ainsi que des « Combat Missiles » et un programme de « Air-Ship Based High Altitude Pseudo Satellite ».
Le communiqué précise l’objectif opérationnel associé au MRFA, à savoir « renforcer » les capacités de « supériorité aérienne » et la « dissuasion » grâce à des frappes offensives de longue portée. Surtout, le même texte souligne que « la majorité » des MRFA « sera fabriquée en Inde », liant d’emblée l’acquisition à la stratégie industrielle nationale.
Sur ces informations, un format de 114 appareils qui ferait de ce dossier l’un des plus importants achats d’armement envisagés par New Delhi. Dans ce cadre, les négociations sont en cours pour un accord estimé autour de 35 milliards de dollars.
« Make in India »
L’architecture industrielle constitue le nœud politique et technique du dossier. En effet, New Delhi entend obtenir un ancrage local substantiel, avec de l’assemblage et de la production sur le territoire indien, ainsi qu’une intégration accrue de systèmes ou d’équipements produits en Inde.
Plus de 90 appareils pourraient être construits en Inde dans la logique « Make in India », tout en soulignant que les transferts de technologie resteraient limités sur des briques sensibles, notamment dans l’électronique. Parallèlement, un jalon industriel déjà engagé via un partenariat entre Dassault et Tata Advanced Systems pour des éléments de structure, avec une montée en puissance attendue à l’horizon 2028.
Ces discussions s’inscrivent dans une dynamique plus large de localisation industrielle franco-indienne. Modi et Macron ont inauguré, ce mardi, virtuellement la première ligne d’assemblage final privée en Inde pour l’hélicoptère Airbus H125, implantée à Vemagal, dans l’État du Karnataka, selon un communiqué d’Airbus. Le groupe cite notamment N. Chandrasekaran (Tata Sons), qui présente l’installation comme un jalon vers l’« autosuffisance » industrielle, et Bruno Even (Airbus Helicopters), qui insiste sur un appareil « Made in India ».
Au-delà de la défense
La visite d’Emmanuel Macron en Inde, du 17 au 19 février, avait été annoncée par les autorités indiennes comme devant porter sur l’ensemble du partenariat, y compris les dossiers régionaux et la coopération en Indo-Pacifique, dans le cadre de la feuille de route « Horizon 2047 ».
À Mumbai, les deux dirigeants ont mis en avant une relation qu’ils veulent inscrire dans la durée. Dans un message de bienvenue publié par les services du Premier ministre indien, Narendra Modi a écrit qu’il était « convaincu » que les discussions « renforceront davantage la coopération » et « contribueront au progrès mondial ».
Sur le fond, la rencontre s’est tenue dans un contexte de multiplication des sujets de coopération technologique et stratégique. Les échanges ont porté sur le commerce, la technologie, l’énergie et l’espace, et que Macron a également évoqué des domaines tels que le nucléaire civil, les minerais critiques ou l’aéronautique, tout en plaidant pour une dynamique commerciale accrue entre l’Inde et l’Union européenne.
Une coopération de défense déjà dense
Le dossier MRFA s’ajoute à une relation de défense déjà structurée autour du Rafale. L’Inde a déjà acquis 36 Rafale pour son armée de l’air et a conclu un achat supplémentaire de Rafale pour sa marine, selon plusieurs sources de presse, ce qui nourrit l’idée d’un « effet de série » industriel et opérationnel.
Pour autant, l’étape franchie le 12 février ne vaut pas signature. L’AoN ouvre la voie à la suite de la procédure, qui implique encore des négociations commerciales et techniques, et des validations politiques avant la conclusion formelle du contrat.
C’est précisément ce décalage, entre signal politique et finalisation contractuelle, qui fait de la visite de Macron un moment d’influence autant que de diplomatie industrielle. Selon le Financial Times, même si les dirigeants n’ont pas détaillé publiquement les termes du dossier, la visite se déroule « au moment » où les négociations approchent d’un accord, avec un accent mis sur l’assemblage local et la production en Inde.
La suite dépendra donc de la capacité des parties à verrouiller le partage industriel, les calendriers de livraison et le contenu exact de la localisation. En attendant, la séquence de Mumbai aura surtout acté une réalité simple : côté indien, la « majorité » doit être produite sur place, et côté français, l’accès à ce marché passe par un compromis industriel d’ampleur.