L’Union européenne et l’Ukraine ont formalisé mercredi à Kiev leur coopération dans le domaine des drones, désormais placée au cœur d’un nouveau partenariat entre leurs industries de défense. « Ce que nous signons aujourd’hui est notre propre accord sur les drones », a annoncé Ursula von der Leyen aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, lors des cérémonies marquant la Journée de l’État ukrainien.

La présidente de la Commission européenne a présenté l’accord comme le moyen de réunir l’expérience opérationnelle de l’Ukraine et les capacités de production disponibles dans l’Union. Il s’agit de sa onzième visite dans le pays depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, en février 2022.

Au de-là de l’assemblage de drones, Ursula von der Leyen a évoqué les technologies de production, les chaînes d’approvisionnement, les radars, les stations au sol, les capteurs et les systèmes de lutte antidrones. Autant de composantes nécessaires pour détecter, guider, intercepter et déployer des appareils à grande échelle.

« Les connaissances que vous avez acquises dans l’utilisation des drones et des systèmes antidrones sont véritablement uniques », a déclaré la présidente de la Commission en s’adressant aux Ukrainiens. « Nous devons exploiter cela ensemble », a-t-elle poursuivi.

Le dispositif présenté à Kiev doit rapprocher un savoir-faire ukrainien éprouvé sur le champ de bataille et des capacités industrielles européennes susceptibles d’augmenter les volumes. « Nous avons des sites de production sûrs et sécurisés qui peuvent contribuer à accroître les volumes », a assuré Ursula von der Leyen.

Bruxelles veut ainsi favoriser des productions communes et intégrer plus étroitement l’industrie ukrainienne à la base industrielle et technologique de défense européenne. « Cet accord réunira l’ingéniosité ukrainienne et la puissance industrielle de l’Europe », a résumé la présidente de la Commission.

Depuis 2022, l’Ukraine a bâti un secteur des drones couvrant les petits appareils d’observation et d’attaque, les intercepteurs, les systèmes navals et les plateformes de longue portée. Le ministère ukrainien de la défense affirme que 95 % des drones achetés par son agence d’approvisionnement DOT sont désormais fabriqués dans le pays. Près de 485 000 appareils et équipements auraient été livrés par l’intermédiaire de sa plateforme numérique pendant les cinq premiers mois de 2026.

Volodymyr Zelensky assure pour sa part que la production nationale a atteint 10 millions de drones par an. « Nous fabriquons 10 millions de drones par an. Dix millions, et il y en aura 20 millions », a déclaré le chef de l’État ukrainien. Il a affirmé que ce doublement serait réalisé avec le concours des partenaires de Kiev. Cette estimation n’est toutefois accompagnée d’aucune ventilation publique par type d’appareil, par fabricant ou par volume effectivement livré aux forces armées.

Six milliards d’euros déjà fléchés vers les drones ukrainiens

L’absence de montant attaché au partenariat annoncé mercredi ne signifie pas que celui-ci soit dépourvu de soutien financier. Le 30 juin, la Commission européenne a commencé à verser 3,9 milliards d’euros sur une enveloppe d’environ 6 milliards consacrée à l’acquisition de drones ukrainiens. Cette somme provient du prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine en 2026 et 2027.

« Aujourd’hui, nous débloquons une première tranche de 3,9 milliards d’euros pour des technologies avancées de drones afin de renforcer la défense de l’Ukraine », avait alors annoncé Ursula von der Leyen. « D’autres suivront », avait-elle ajouté.

Cette enveloppe finance des achats et le renforcement des capacités ukrainiennes. Elle ne peut toutefois pas être présentée comme la valeur du nouvel accord industriel. Aucun lien budgétaire précis entre les deux dispositifs n’a été détaillé mercredi.

Au même moment, Kiev dispose d’entreprises capables de modifier rapidement leurs appareils à partir des retours du front, mais demeure tributaire des financements extérieurs pour utiliser toute sa capacité de production. Les Européens disposent d’un marché, de capitaux et de sites industriels éloignés des combats, mais cherchent à développer leurs capacités dans les systèmes sans pilote et la lutte antidrones.

« Le moment est venu d’investir en Ukraine, car cela signifie investir en Europe et investir dans notre sécurité commune », a plaidé Ursula von der Leyen. La Commission présente ce partenariat comme un moyen de stimuler simultanément l’investissement et la production dans les deux bases industrielles de défense.

Les déclarations publiques ne précisent cependant pas comment seront traités le transfert des technologies, la propriété intellectuelle, les autorisations d’exportation ou l’attribution des commandes. La localisation des futures chaînes de production et leur calendrier de mise en service restent également inconnus.

Kiev transforme son expérience de guerre en instrument diplomatique

L’accord avec l’Union prolonge la « diplomatie des drones » développée par l’Ukraine. Sous l’appellation Drone Deal, Kiev propose à ses partenaires une coopération pouvant englober l’aide militaire, le financement de productions communes, l’ouverture d’usines, les transferts technologiques, la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques.

La présidence ukrainienne annonçait le 7 juillet avoir conclu neuf accords de ce type, notamment avec la Lituanie, l’Estonie, les Pays-Bas et le Danemark. Des discussions étaient alors engagées avec une vingtaine d’autres pays.

Kiev s’est aussi tourné vers le Golfe dans un contexte marqué par la multiplication des attaques de drones et de missiles au Moyen-Orient. « Nous sommes déjà parvenus à des accords sur dix ans avec trois pays clés, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar », avait déclaré Volodymyr Zelensky en avril. Le président ukrainien avait présenté ces partenariats comme des programmes de coopération pluriannuels portant sur la défense des infrastructures civiles et stratégiques. Leur contenu commercial détaillé n’a pas été divulgué.

Cette ouverture vers l’Europe et le Golfe traduit une évolution de la position ukrainienne. Le pays ne se présente plus seulement comme le destinataire de matériels occidentaux. Il cherche aussi à exporter son expérience opérationnelle, à accéder à de nouveaux marchés et à attirer des investissements dans une industrie devenue centrale pour son effort de guerre.

Le partenariat signé à Kiev donne désormais une dimension européenne à cette stratégie. Sa portée immédiate reste avant tout institutionnelle tant que les montants, les sites de production, les entreprises retenues et les premières commandes ne sont pas connus. La publication de ces modalités déterminera si l’accord peut rapidement dépasser l’engagement politique pour déboucher sur une capacité industrielle commune.