Le vice-président américain JD Vance a accusé, mercredi 15 juillet, des acteurs liés au gouvernement israélien d’avoir financé une campagne d’influence destinée à faire dérailler l’accord négocié entre Washington et Téhéran. Cette charge publique contre un proche allié des États-Unis intervient au moment où les affrontements autour du détroit d’Ormuz fragilisent le mémorandum signé en juin.
Invité durant près de trois heures dans The Joe Rogan Experience, JD Vance a décrit une opération menée dans l’écosystème médiatique conservateur et sur les réseaux sociaux. Elle aurait cherché, selon lui, à retourner contre la diplomatie américaine une partie de la mouvance MAGA, socle politique de Donald Trump.
« Vous avez vu cette campagne très discrète, extrêmement bien financée, destinée à faire dérailler les négociations et à faire échouer l’accord », a affirmé le vice-président.
JD Vance s’est appuyé sur une enquête publiée par Time, consacrée à une campagne numérique dirigée par Brad Parscale, ancien responsable de la stratégie électorale de Donald Trump. Le vice-président accuse plusieurs bénéficiaires présumés de cette opération de l’avoir pris pour cible en raison de son soutien à une solution négociée avec l’Iran.
« Lorsque j’ouvre les pages de Time et que je vois qu’une véritable campagne d’influence étrangère est financée pour faire échouer l’accord même que je poursuivais, et que beaucoup de ceux qui recevaient cet argent m’attaquaient de manière totalement malhonnête, ma réponse est la suivante. Qu’ils aillent au diable », a-t-il lancé. « Je vais faire ce que je dois faire pour le peuple américain. Je représente d’abord les Américains. »
Un ancien stratège de Trump au cœur du dispositif
L’enquête met en cause Brad Parscale, responsable de la stratégie numérique de Donald Trump lors de la campagne de 2016, puis directeur de sa campagne présidentielle en 2020. Sa société Clock Tower X a été engagée en septembre 2025 par la filiale allemande du groupe publicitaire Havas afin de conduire une campagne de communication au bénéfice de l’État d’Israël.
L’existence du contrat figure dans le registre du ministère américain de la justice consacré aux agents représentant des intérêts étrangers. Clock Tower X y est présentée comme une société détenue et dirigée par Brad Parscale. Sa mission consistait à fournir des services de communication stratégique, de planification et de diffusion médiatique dans le cadre d’une campagne nationale officiellement destinée à combattre l’antisémitisme aux États-Unis.
Le cahier des charges prévoyait un budget de 1,5 million de dollars par mois pendant quatre mois. Il fixait la production d’au moins 100 contenus originaux mensuels, déclinés en 5 000 variantes. Au moins 80 % de ces contenus devaient viser la génération Z sur TikTok, Instagram, YouTube et les plateformes de podcasts.
Le dispositif devait également générer au moins 50 millions d’impressions numériques par mois. Une partie du travail portait sur le référencement des contenus et sur la manière dont les moteurs de recherche et les outils d’intelligence artificielle présentent Israël, ses guerres et ses relations avec les États-Unis.
Ces documents établissent l’existence d’une campagne financée pour défendre les positions israéliennes auprès du public américain. Ils ne prouvent pas, à eux seuls, que cet argent a servi à rémunérer des influenceurs chargés d’attaquer l’accord avec l’Iran ou JD Vance.
Le lien avec les attaques contre l’accord reste contesté
Après la signature du mémorandum avec l’Iran, le 17 juin, des responsables américains disent avoir observé une série de publications presque simultanées parmi des influenceurs conservateurs. Certains messages employaient des formulations proches et diffusaient les mêmes vidéos ou les mêmes arguments.
Ces publications accusaient Donald Trump d’avoir capitulé devant Téhéran avant d’avoir atteint l’objectif affiché de neutralisation du programme nucléaire iranien. JD Vance y était présenté comme le défenseur d’un texte contraire aux intérêts américains et trop favorable à la République islamique.
Selon plusieurs personnes informées du fonctionnement de la campagne, des créateurs de contenus recevaient dans des conversations privées des propositions de messages avant d’être rémunérés en fonction de leur audience et du niveau d’engagement obtenu. Un responsable américain du renseignement a soutenu que l’opération avait fini par chercher à infléchir la politique de la Maison Blanche envers l’Iran.
Brad Parscale rejette catégoriquement cette version.
« Je n’ai jamais financé, organisé ou soutenu le moindre effort visant à affaiblir le président Trump, y compris son mémorandum ou sa proposition de cessez-le-feu », a-t-il affirmé. « L’accusation selon laquelle je coordonnerais une opération destinée à prolonger la guerre est totalement fausse. »
L’ancien directeur de campagne reconnaît que son travail devait empêcher les jeunes conservateurs américains de se détourner d’Israël. Il nie cependant avoir utilisé des financements israéliens pour payer des influenceurs opposés à l’accord avec l’Iran. Il assure également que les personnalités conservatrices travaillant avec ses sociétés défendaient déjà Israël avant le lancement de cette campagne.
« L’idée selon laquelle chaque voix favorable à Israël ferait partie d’une opération coordonnée est ridicule », a-t-il soutenu. « Ces personnes soutenaient déjà le président Trump et considéraient déjà Israël comme un allié essentiel des États-Unis. »
Le cabinet du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas répondu aux questions portant sur cette opération. Avant l’intervention de JD Vance, un porte-parole de la Maison Blanche avait également indiqué ne pas avoir connaissance de la campagne décrite.
Aucune liste complète des bénéficiaires présumés n’a été rendue publique. Aucun document accessible ne permet non plus de suivre directement le parcours des fonds israéliens jusqu’aux auteurs des publications hostiles au mémorandum. La rémunération de certains influenceurs par des sociétés liées à Brad Parscale est rapportée, mais l’origine exacte de l’argent versé demeure contestée.
JD Vance fixe une ligne rouge
Le vice-président ne conteste pas que des gouvernements étrangers cherchent à défendre leurs intérêts à Washington. Il cite Israël, le Qatar et la Russie parmi les États qui tentent d’orienter le débat politique américain.
« Cela ne me dérange pas qu’Israël essaie d’influencer les États-Unis. Beaucoup d’autres pays le font », a-t-il expliqué. « Ce qui me dérange, c’est lorsque ces opérations d’influence affectent le jugement politique américain. Elles ne devraient pas le faire, car nous devons nous demander ce qui sert les intérêts des États-Unis. »
JD Vance a également accusé certaines composantes du système politique israélien de vouloir prolonger les opérations militaires sans objectif clairement défini.
« Il existe des personnes au sein de leur système dont nous savons, sans l’ombre d’un doute, qu’elles manipulent l’opinion publique américaine et cherchent à la modifier pour maintenir la guerre indéfiniment », a-t-il affirmé.
Le vice-président présente sa ligne comme une défense des priorités fixées par Donald Trump. Il affirme que les négociations doivent empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire tout en garantissant la circulation des hydrocarbures dans le détroit d’Ormuz.
« Ce que j’essaie de faire, c’est d’accomplir ce que le président des États-Unis m’a demandé d’accomplir », a-t-il déclaré. « Parvenir à un accord qui réponde à nos objectifs. L’Iran ne dispose pas de l’arme nucléaire. Nous avons la libre circulation du pétrole et du gaz. »
Ces objectifs restent loin d’être stabilisés. Les États-Unis affirment avoir détruit une partie substantielle du programme nucléaire iranien, mais Téhéran conserve des stocks d’uranium hautement enrichi dont le sort demeure incertain. La navigation dans le détroit d’Ormuz reste, elle aussi, perturbée par les attaques contre des bâtiments commerciaux et par la reprise des opérations américaines.
La fracture sur l’Iran gagne la relation américano-israélienne
L’offensive verbale de JD Vance dépasse le seul affrontement entre communicants. Elle donne une dimension publique à la divergence stratégique qui oppose Washington au gouvernement de Benjamin Netanyahu sur la conduite de la guerre contre l’Iran.
Les États-Unis et l’Iran ont signé le 17 juin à Versailles un mémorandum destiné à suspendre les hostilités et à ouvrir une période de négociation. Les discussions portent notamment sur le programme nucléaire iranien, la circulation dans le détroit d’Ormuz et les conditions d’un règlement plus durable.
Dans sa présentation officielle du texte, la Maison Blanche a affirmé que l’accord devait garantir que « l’Iran n’obtiendra jamais l’arme nucléaire » et permettre de « rouvrir le détroit d’Ormuz à la libre navigation ». Le mémorandum demeure cependant un accord intérimaire. Plusieurs engagements essentiels doivent encore être négociés et assortis de mécanismes de vérification.
Israël et plusieurs élus républicains reprochent au texte de reporter le règlement des questions nucléaires les plus sensibles tout en accordant des avantages immédiats à Téhéran. Le document prévoit une période de négociation de soixante jours, mais ne règle pas définitivement le sort des stocks iraniens d’uranium enrichi ni l’ensemble des activités nucléaires du pays.
Dès le 18 juin, JD Vance avait adressé une mise en garde aux responsables israéliens hostiles à l’accord.
« Donald J. Trump est le seul chef d’État au monde qui soit favorable à la nation d’Israël à l’heure actuelle », avait-il déclaré. « Si je siégeais au gouvernement israélien, je n’attaquerais peut-être pas le seul allié puissant qu’il me reste. »
Cette sortie visait notamment les membres de la coalition israélienne qui réclamaient la poursuite de la campagne militaire. Benjamin Netanyahu s’est montré plus prudent dans ses déclarations publiques, mais les objectifs israéliens restent plus étendus que ceux défendus par JD Vance. Une partie du gouvernement israélien souhaite conserver la possibilité de frapper l’Iran et ses alliés tant que leurs capacités militaires n’ont pas été durablement neutralisées.
Un accord fragilisé par la reprise des frappes
Le mémorandum est désormais menacé sur le terrain. L’armée américaine a rétabli un blocus naval et intensifié ses frappes contre des positions iraniennes en réponse à des attaques visant des navires dans le détroit d’Ormuz. Téhéran accuse pour sa part Washington de remettre en cause les engagements pris en juin.
Les discussions ont marqué le pas à mesure que les affrontements reprenaient. JD Vance continue néanmoins d’affirmer que la négociation reste possible malgré l’enchevêtrement des opérations militaires et des contacts diplomatiques.
« Nous sommes sur la bonne trajectoire, mais ce sera très désordonné », a-t-il reconnu. « Il y aura beaucoup d’avancées et de reculs. »
Le vice-président évoque une lutte interne au pouvoir iranien entre des responsables favorables à un compromis et des factions déterminées à conserver le contrôle du détroit d’Ormuz comme levier de négociation. Cette lecture n’a pas pu être confirmée indépendamment. Elle sert toutefois de fondement à sa stratégie, qui associe les frappes de représailles, les pressions économiques et la poursuite des pourparlers.
Israël perd du terrain dans l’opinion américaine
JD Vance inscrit enfin son accusation dans une bataille politique intérieure. Il estime qu’Israël est en train de perdre une partie du soutien dont il bénéficiait aux États-Unis, notamment parmi les jeunes électeurs républicains.
« En ce moment, Israël perd la bataille de l’opinion publique aux États-Unis », a-t-il déclaré. « C’est un fait simple et évident. Donald Trump l’a lui-même dit publiquement. »
Cette érosion est mesurable. Une enquête réalisée en mai montre que 32 % des Américains portent un jugement favorable sur le gouvernement israélien, contre 47 % en 2022. Parmi les républicains de moins de 30 ans, cette proportion tombe à 28 %. Le recul touche les deux grands partis, même si le soutien à Israël reste plus élevé dans l’ensemble de l’électorat républicain.
Ce basculement explique le choix de la génération Z comme cible prioritaire de la campagne confiée à Brad Parscale. Il éclaire aussi la virulence de la confrontation. Pour Israël, il s’agit de préserver un soutien stratégique qui ne va plus de soi parmi les jeunes conservateurs. Pour JD Vance, l’enjeu consiste à empêcher qu’un allié étranger ne pèse sur les arbitrages de la Maison Blanche au moment où il défend une sortie négociée de la guerre.
L’accusation reste néanmoins incomplètement démontrée. Les documents officiels confirment une campagne israélienne massive et ciblée aux États-Unis. Des responsables américains et JD Vance lui attribuent un rôle dans l’offensive contre l’accord iranien. Brad Parscale le nie, tandis qu’aucune preuve publique ne permet encore de relier directement les fonds étrangers à l’ensemble des messages incriminés. La prochaine séquence des négociations déterminera si cette bataille d’influence reste une crise politique à Washington ou si elle devient un obstacle supplémentaire à un accord déjà ébranlé par le retour des frappes dans le Golfe.
