Le Pentagone prévoit 37,5 milliards de dollars pour certains coûts liés à la guerre d’ici à la fin de l’exercice budgétaire, le 30 septembre. Il ne s’agit donc pas de dépenses déjà toutes réalisées. Cette estimation ne comprend pas non plus la remise en état des installations américaines frappées au Moyen-Orient.
Le conflit a commencé le 28 février par une attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Les opérations ont ralenti après la trêve de juin, avant la reprise des hostilités. Aucun bilan public n’en couvre encore tous les coûts.
La Maison-Blanche a demandé au Congrès, le 24 juin, une rallonge de 87,6 milliards de dollars, dont 67,1 milliards pour la défense. Elle prévoit notamment 21 milliards pour les munitions, 17,3 milliards pour les opérations et 12,1 milliards de crédits classifiés.
Cette requête ne constitue ni une dépense engagée ni un relevé comptable du conflit. Elle finance aussi des capacités futures et d’autres priorités. Le Center for Strategic and International Studies, ou CSIS, estime à 32,7 milliards la part directement imputable à la guerre, tout en signalant l’incertitude de certaines affectations.
La demande comprend aussi 11,1 milliards de dollars pour l’agriculture. Leur présence dans le même texte ne suffit pas à les imputer au conflit.
La Chambre des représentants a adopté le 22 juillet, par 216 voix contre 214, un cadre budgétaire de 95 milliards de dollars. Il demande aux commissions de préparer jusqu’à 60 milliards pour les forces armées et 13 milliards pour le renseignement, mais n’ouvre aucun crédit. Le Sénat a suspendu ses travaux le 8 août sans le voter et pourrait le reprendre en septembre.
La Chambre a aussi approuvé un projet d’autorisation de défense de 1 150 milliards de dollars pour 2027, qui ne met pas davantage les fonds à disposition.
Le Pentagone puise donc dans ses budgets existants. Fin juillet, le Washington Post rapportait, selon des responsables en poste et d’anciens responsables, que la tension financière affectait des entraînements et la maintenance. Le ministère demandait alors à réaffecter 4,3 milliards de dollars.
Les munitions dominent le coût
Une estimation indépendante du CSIS situe les surcoûts du seul département de la Défense entre 34,2 et 41,5 milliards de dollars au moment de la trêve de juin. L’ajout d’environ un milliard pour les autres agences fédérales porte sa fourchette à 35,2 à 42,5 milliards. Ce calcul inclut les déploiements, les munitions, l’intensification des opérations, les pertes d’équipements, les dégâts aux bases et le renchérissement du carburant.
Ces montants ne sont pas directement comparables aux 37,5 milliards avancés par Pete Hegseth. Le Pentagone se projette jusqu’au 30 septembre mais écarte les bases. Le CSIS valorise les armes au prix de leur remplacement actuel et utilise des hypothèses faute d’inventaires publics.
Les munitions représentent 26,1 milliards de dollars dans l’estimation du CSIS. D’après des responsables américains cités par le Washington Post, le Pentagone a consommé pour 5,6 milliards de dollars d’armes pendant les deux premiers jours. Le journal a ensuite établi que plus de 850 missiles de croisière Tomahawk avaient été tirés pendant les quatre premières semaines, sans qu’un total officiel soit publié.
La défense antimissile est particulièrement coûteuse. En mai, le Washington Post rapportait que les forces américaines avaient lancé plus de 200 intercepteurs Terminal High Altitude Area Defense, ou THAAD, pour défendre Israël, soit environ la moitié de l’inventaire alors évalué. Le coût unitaire récurrent inscrit au budget 2026 de l’Agence américaine de défense antimissile atteint environ 15,5 millions de dollars.
Au 27 juillet, le CSIS estimait environ 250 THAAD et moins de 1 000 Patriot. Ses calculs suggèrent des baisses respectives d’au moins 38 % et 65 % depuis l’avant-guerre. Ces reconstructions ne constituent pas un inventaire confirmé par le Pentagone.
Le 5 août, le secrétaire adjoint à la Défense Steve Feinberg a donné aux industriels vingt et un jours au plus pour proposer des livraisons accélérées et une hausse de la production, selon une note confirmée par le ministère. Le président Donald Trump conteste les informations sur une pénurie. L’enveloppe de 21 milliards demandée pour les munitions place néanmoins la reconstitution des stocks au centre de la facture.
Des dégâts encore hors bilan
Les dommages infligés aux installations américaines restent le principal angle mort du décompte officiel. Une analyse d’images satellitaires du Washington Post avait recensé, au début de mai, au moins 228 structures ou pièces d’équipement endommagées ou détruites sur quinze sites militaires au Moyen-Orient. Le Commandement central américain a contesté la présentation du journal sans fournir de contre-décompte détaillé.
Le CSIS évalue ces dégâts entre 4 et 9,4 milliards de dollars. Cette fourchette repose sur des images disponibles et des coûts de remplacement estimés. Elle peut donc différer des réparations finalement décidées, d’autant que le Pentagone réexamine son dispositif régional.
Les soins futurs des militaires, les intérêts de la dette et les délais industriels sont également absents. Ces charges dépendront de décisions encore inconnues et interdisent de traiter les 37,5 milliards comme un coût final.
Plus de 1 000 dollars par foyer
Le chiffre de 1 000 dollars par ménage souvent repris depuis juin provient d’un calcul de Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s Analytics. Le 25 juin, il estimait que la guerre avait déjà coûté cette somme au foyer américain moyen après quatre mois, et non qu’une facture uniforme de ce montant lui serait envoyée.
Son décompte associait environ 300 dollars d’essence plus chère, 200 dollars de biens renchéris par le diesel, 100 dollars de billets d’avion, 150 dollars de crédit et une quote-part moyenne de 250 dollars pour les dépenses militaires. Fin juillet, Zandi a porté son estimation à plus de 1 200 dollars.
Il s’agit d’une estimation d’incidence, pas d’une statistique officielle. La composante consacrée au crédit suppose des baisses de taux qui auraient eu lieu sans le conflit. La répartition par foyer masque aussi de forts écarts selon le revenu, les déplacements, l’endettement et le lieu de résidence.
Le projet Costs of War de l’université Brown obtient un autre ordre de grandeur. Son compteur estimait le 9 août le surcoût cumulé de l’essence et du diesel à 108,8 milliards de dollars, soit environ 830 dollars par foyer. Le modèle compare les prix observés à un scénario sans guerre fondé sur les prix antérieurs et leur saisonnalité. Ce montant ne doit pas être ajouté à celui de Zandi, qui compte déjà le choc énergétique.
Les prix confirment le renchérissement sans l’attribuer entièrement au conflit. Selon l’American Automobile Association, le gallon d’essence ordinaire coûtait 4,01 dollars au dimanche 9 août, contre 3,15 dollars un an plus tôt. Le diesel atteignait 5,31 dollars, contre 3,73 dollars. Les droits de douane, la demande et le raffinage pèsent aussi.
En juin, l’indice américain des prix à la consommation progressait de 3,5 % sur un an. L’énergie gagnait 15,7 %, l’essence 26,7 %, les billets d’avion 26,5 % et l’alimentation 3 %, selon le Bureau of Labor Statistics. Les données de juillet ne seront publiées que le 12 août.
Ormuz prolonge la facture
Le mécanisme mondial passe par le détroit d’Ormuz, dont l’Iran bloque encore l’essentiel du trafic commercial. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 20 millions de barils par jour de brut et de produits raffinés y transitaient avant la guerre. Leur quasi-arrêt a provoqué ce que l’agence décrit comme la plus forte rupture d’approvisionnement jamais enregistrée sur le marché pétrolier.
Le choc touche aussi le gaz de pétrole liquéfié, le naphta et les engrais. La Banque mondiale jugeait toutefois l’approvisionnement alimentaire mondial encore globalement suffisant à la fin de juin.
Dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré que des discussions avec Oman sur de nouvelles voies maritimes entraient dans leur phase finale. Il a précisé qu’elles ne signifiaient pas la réouverture du détroit. Ce lundi, aucun accord n’avait encore fixé de calendrier pour le retour du trafic commercial.

Partagez votre regard
Discussion modérée.Chaque contribution est relue par la rédaction avant publication. Restez précis, respectueux et centré sur le sujet de l’article.