Selon le Quai d’Orsay, l’ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, convoqué lundi 23 février en début de soirée au ministère, « ne s’est pas présenté ». Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a demandé en conséquence que l’ambassadeur « ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français », précise la diplomatie française.
Le ministère indique toutefois que le canal n’est pas rompu. Il juge « bien sûr possible » que Charles Kushner « exerce sa mission et se présente » au Quai d’Orsay afin de permettre des échanges visant à « aplanir les irritants » susceptibles de survenir « dans une relation d’amitié vieille de 250 ans ».
D’après une source diplomatique citée par l’AFP, l’ambassadeur s’est fait représenter par un responsable de l’ambassade américaine, en invoquant des engagements personnels. Sollicitée, l’ambassade n’a pas réagi immédiatement.
Un message américain jugé intrusif dans le débat public français
À l’origine de la convocation, un message de l’administration Trump commentant la mort de Quentin Deranque, 23 ans, militant d’extrême droite radicale, tué à Lyon après avoir été battu à mort par des membres de l’ultragauche, selon des éléments rapportés par l’AFP et repris par plusieurs médias. Washington a dénoncé la « violence politique d’extrême gauche » et appelé à traduire les responsables en justice.
Jean-Noël Barrot a expliqué que la convocation visait la reprise, par l’ambassade des États-Unis à Paris, d’un message publié sur X par une entité du département d’État. Dans l’émission « Question politique », il a déclaré refuser « toute instrumentalisation » d’un drame qui « concerne la communauté nationale » et « endeuille une famille française ».
Selon Le Monde, le message relayé par l’ambassade américaine reprenait une publication datée du 19 février émanant du bureau de l’antiterrorisme du département d’État. Le texte évoquait des informations « corroborées » par le ministre français de l’intérieur et se concluait notamment sur l’idée que « l’extrémisme violent de gauche » serait « en hausse », en lien avec la mort de Quentin Deranque.
Un contexte déjà inflammable
La situation dépasse la seule relation franco-américaine. La mort de Quentin Deranque a également provoqué une passe d’armes politique entre Paris et Rome après une réaction de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni. Emmanuel Macron lui a demandé d’arrêter de « commenter ce qui se passe chez les autres ».
Dans ce contexte, Paris met en avant une ligne de principe. D’après des déclarations du ministre, la France refuse que des acteurs étrangers utilisent ce drame comme argument politique, en particulier via les réseaux sociaux des représentations diplomatiques.
Un précédent à l’été 2025
Le geste de fermeté annoncé le 23 février s’inscrit aussi dans une relation bilatérale récemment heurtée sur le terrain diplomatique. Plusieurs médias rapportent qu’une convocation similaire avait déjà eu lieu fin août, après des critiques jugées « inacceptables » par Paris sur l’action française contre l’antisémitisme, et que l’ambassadeur ne s’y était pas présenté non plus, l’ambassade étant alors représentée par un chargé d’affaires.
En restreignant l’accès politique direct de l’ambassadeur tout en maintenant l’offre d’un échange au Quai d’Orsay, la diplomatie française cherche un équilibre entre signal de fermeté et maintien des canaux. Reste à savoir si Washington choisira l’apaisement par une rencontre formelle, ou l’épreuve de force par la prolongation d’un épisode déjà chargé, sur fond d’affaire criminelle devenue enjeu politique national et international.