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Washington envisage un dispositif à 2 milliards de dollars par an après le retrait américain

À Washington, le ministère américain de la Santé pousse désormais un projet visant à recréer, hors OMS, des capacités de surveillance sanitaire et de réponse aux crises.

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Le ministère de la Santé américain mène des travaux pour bâtir un système « concurrent » reproduisant des fonctions centrales de l’OMS. Trois responsables de l’administration, briefés sur la proposition, décrivent un dispositif reposant sur des accords bilatéraux et un élargissement de l’empreinte des agences sanitaires américaines à l’international. L’objectif affiché est de recréer des « laboratoires », des réseaux de partage de données et des capacités de déploiement rapide en cas de crise.

Toujours selon ces mêmes responsables, le ministère aurait demandé à l’Office of Management and Budget un financement annuel de 2 milliards de dollars. L’une des sources citées résume le principe ainsi, au discours rapporté, en expliquant que ces fonds serviraient à « construire les systèmes et les capacités pour faire ce que l’OMS faisait » pour les États-Unis.

Une facture trois fois plus élevée que la contribution américaine à l’OMS

Avant la sortie, Washington versait environ 680 millions de dollars par an à l’OMS, en additionnant contributions obligatoires et contributions volontaires, d’après les éléments cités par le Washington Post. Les responsables évoquent un poids américain équivalant à 15 à 18% du financement annuel total de l’OMS, estimé à environ 3,7 milliards de dollars dans la proposition.

La comparaison est devenue un angle d’attaque pour les critiques du projet. Le chercheur Tom Inglesby, directeur du Center for Health Security de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, juge que dépenser « deux à trois fois » pour recréer un accès déjà disponible « n’a absolument aucun sens » au plan budgétaire. Il avertit aussi, toujours selon le Washington Post, que les États-Unis n’obtiendront ni « la même qualité » ni « la même étendue » d’informations, et qu’aucun dispositif ne remplacera l’influence acquise au sein de l’OMS.

Pas une rupture nette

Le gouvernement américain présente le retrait comme juridiquement finalisé. Une fiche officielle du HHS indique qu’après le retrait formel en janvier 2026, les États-Unis ont mis fin à leur participation à la gouvernance, aux mécanismes internes et au financement de l’organisation.

Dans les faits, l’Associated Press souligne qu’il ne s’agit pas d’une rupture « propre ». L’agence rapporte que l’OMS évalue à environ 280 millions de dollars les sommes dues par les États-Unis, et que des responsables américains reconnaissent que des sujets restent en suspens, notamment la perte d’accès à certaines données internationales utiles pour l’alerte précoce face à une nouvelle pandémie.

Côté OMS, la réaction officielle est sans ambiguïté. Dans un communiqué daté du 24 janvier 2026, l’organisation « regrette » la notification américaine, qualifiant le départ de décision rendant « les États-Unis et le monde moins sûrs ».

Un contentieux qui dépasse le budget

La justification politique du retrait s’ancre dans la lecture américaine de la crise COVID. L’administration Trump a accusé l’OMS d’avoir été trop conciliante avec Pékin, argument régulièrement contesté dans le débat public. Reuters rapportait déjà, avant l’entrée en vigueur du retrait, que le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus espérait encore une reconsidération américaine et insistait sur le rôle « unique » de l’OMS pour coordonner la réponse aux menaces sanitaires mondiales.

L’enjeu des réformes est réel. Plusieurs analyses notent que l’OMS travaille depuis plusieurs années à diversifier ses financements et à réduire sa dépendance à quelques grands bailleurs. La question est devenue centrale depuis l’annonce américaine de départ.

Refaire l’OMS, sans l’OMS

Le projet décrit à Washington viserait à étendre la présence internationale des agences sanitaires américaines à plus de 130 pays. Il intervient dans un contexte de recomposition plus large des instruments américains de santé globale, et suscite le scepticisme sur la capacité à répliquer, à coût constant, la couverture, la légitimité et les canaux de coordination d’une organisation multilatérale comptant près de 200 États membres.

D’anciens responsables pointent une autre contradiction. Le Washington Post rapporte que Atul Gawande, ex-responsable à l’USAID, lie cette initiative à de lourdes coupes déjà intervenues dans l’aide sanitaire internationale et juge que l’idée ne « renverse » pas les dommages, tout en coûtant plus cher que l’adhésion à l’OMS.

Au cœur du débat, une question simple se pose à Washington. Faut-il investir 2 milliards de dollars par an pour reconstruire, par accords bilatéraux, ce qui était accessible via un cadre multilatéral déjà en place. La réponse n’est pas seulement comptable. Elle engage la capacité des États-Unis à peser sur les règles sanitaires mondiales, à obtenir des signaux précoces en cas de crise, et à arbitrer entre souveraineté politique et efficacité collective.

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