Mohammed ben Salmane, prince héritier et Premier ministre saoudien, Recep Tayyip Erdoğan, président de la République de Turquie, et Shehbaz Sharif, Premier ministre pakistanais, ont signé le « Makkah Joint Defence Agreement » au palais Al-Safa, lors d’un sommet spécialement consacré à la défense commune. Les communiqués publiés par Riyad, Ankara et Islamabad reprennent la même formulation et présentent l’accord comme destiné à renforcer la « dissuasion collective » face à toute agression.
La disposition centrale rapproche politiquement le nouveau mécanisme d’autres systèmes de défense collective, sans permettre à ce stade de conclure à une équivalence juridique ou militaire. Le communiqué conjoint affirme qu’une attaque armée contre un signataire sera tenue pour une attaque contre les trois et prévoit le renforcement de « tous les aspects » de leur coopération en matière de défense. Il ne précise toutefois ni la nature de la réponse attendue, ni les procédures de consultation, ni un éventuel commandement commun, ni les forces susceptibles d’être engagées.
Les informations publiées ne permettent pas, à ce stade, d’établir jusqu’où l’accord oblige juridiquement chaque pays à participer à une action militaire au secours des deux autres. Cette réserve est déterminante. Une clause assimilant une attaque contre l’un à une attaque contre tous ne signifie pas nécessairement qu’une intervention armée soit automatique. Les modalités d’application du pacte demeurent donc, à ce stade, l’une de ses principales inconnues.
Recep Tayyip Erdoğan a placé l’accord dans le cadre du droit de légitime défense reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies. Il a également indiqué que le mécanisme devait favoriser les projets conjoints dans l’industrie de défense, la coopération militaire et la lutte antiterroriste. Les autorités turques présentent le dispositif comme défensif, non dirigé contre un État particulier et susceptible d’être ouvert à d’autres pays souhaitant contribuer à la stabilité régionale.
Riyad a parallèlement cherché à désamorcer l’idée d’une nouvelle alliance confessionnelle. Selon une position saoudienne rapportée par Associated Press et Reuters, l’accord ne vise pas à constituer un « axe militaire » ou un bloc religieux et n’est pas lié à des ambitions nucléaires ou à une course aux armements. Il ne remettrait pas non plus en cause les partenariats existants du royaume dans le Golfe ou avec ses partenaires internationaux.
Un accord préparé depuis un an
La signature du 7 août n’est pas une décision improvisée. Le 15 janvier, le ministre pakistanais de la Production de défense, Raza Hayat Harraj, avait confirmé à Reuters que les trois gouvernements avaient préparé un projet d’accord après presque un an de négociations. Il précisait alors que ce dispositif trilatéral serait distinct de l’accord stratégique déjà conclu entre Islamabad et Riyad.
Cette architecture bilatérale avait été formalisée le 17 septembre 2025. Mohammed ben Salmane et Shehbaz Sharif avaient signé à Riyad un « Strategic Mutual Defense Agreement » prévoyant déjà que toute agression contre l’Arabie saoudite ou le Pakistan serait considérée comme une agression contre les deux pays. Le communiqué officiel pakistanais présentait cet engagement comme un instrument de coopération militaire et de dissuasion commune.
L’accord de La Mecque élargit donc à Ankara une logique de défense réciproque déjà adoptée par Riyad et Islamabad. Il institutionnalise en même temps des relations militaires bilatérales anciennes. Le Pakistan forme et assiste les forces saoudiennes depuis plusieurs décennies. La Turquie et le Pakistan entretiennent eux aussi une coopération militaire comprenant formation, exercices et échanges de matériels, tandis que l’Arabie saoudite a renforcé ces dernières années ses relations avec l’industrie turque de défense.
La coopération saoudo-pakistanaise a pris une dimension plus directement opérationnelle en 2026. En mai dernier, Islamabad avait envoyé en Arabie saoudite plusieurs milliers de militaires ainsi que des moyens aériens et de défense antiaérienne après les attaques subies par le royaume pendant la guerre avec l’Iran. Ces déploiements avaient été effectués dans le cadre du pacte bilatéral de 2025. Ils montrent que la coopération de défense entre les deux pays ne se limite déjà plus aux exercices et à la formation.
La guerre accélère le rapprochement
La signature intervient dans un environnement sécuritaire profondément dégradé depuis le 28 février 2026. À cette date, les États-Unis et Israël ont lancé des attaques contre l’Iran, ouvrant une nouvelle phase de confrontation régionale. Téhéran a ensuite frappé plusieurs États du Conseil de coopération du Golfe avec des missiles et des drones. Le Conseil a officiellement recensé des attaques iraniennes contre l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman dès le début des hostilités.
Pour Riyad, ce rapprochement a replacé la protection du territoire, des infrastructures énergétiques et des voies maritimes au premier rang des priorités de sécurité. Quelques heures avant la signature du pacte, Reuters rapportait que les autorités saoudiennes redoutaient de nouvelles opérations menées par des groupes alliés à l’Iran depuis le Yémen et l’Irak. Le royaume cherche dans le même temps à éviter une extension des combats et participe aux efforts diplomatiques visant à contenir l’affrontement avec Téhéran.
Le rapprochement ne se résume cependant pas à une coalition tournée contre l’Iran. Ankara et Islamabad ont également participé à des démarches diplomatiques destinées à limiter l’escalade régionale. Les trois gouvernements insistent pour leur part sur la vocation défensive du pacte. Reuters rapporte que leurs préoccupations de sécurité portent plus largement sur l’instabilité régionale, les confrontations avec l’Iran et ses alliés, mais aussi sur le comportement militaire d’Israël et sur l’exposition croissante de leurs économies aux guerres du Moyen-Orient.
L’accord matérialise surtout une volonté de disposer d’instruments de sécurité supplémentaires au-delà des cadres existants. Pour l’Arabie saoudite, il complète le système de défense collective du Conseil de coopération du Golfe et ses relations militaires avec les États-Unis. Pour la Turquie, il ajoute un engagement régional à son appartenance à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. Pour le Pakistan, il élargit à un troisième partenaire une relation stratégique de défense déjà institutionnalisée avec Riyad.
OTAN et nucléaire, deux limites
L’appartenance turque à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord a immédiatement soulevé la question de l’articulation entre les deux engagements. Ankara a rejeté l’idée d’une incompatibilité avec l’article 5 du traité de Washington. La Direction turque de la communication affirme que le dispositif de La Mecque complète les engagements internationaux existants et ne constitue pas une alternative à l’Alliance atlantique. Aucun élément publié ne montre que le nouvel accord modifierait les obligations de la Turquie au sein de l’OTAN.
La présence du Pakistan donne au pacte une autre dimension sensible. Islamabad est la seule puissance nucléaire parmi les trois signataires. Rien dans le communiqué conjoint du 7 août ne prévoit cependant l’extension de sa dissuasion nucléaire à l’Arabie saoudite ou à la Turquie. Reuters rappelle que les responsables pakistanais avaient déjà tempéré cette interprétation après la signature du pacte saoudo-pakistanais de 2025, tandis que Riyad assure désormais que l’accord trilatéral n’est lié ni à des ambitions nucléaires ni à une course aux armements.
Cette distinction est essentielle tant que le texte complet et les éventuelles annexes militaires ne sont pas publics. À ce stade, le pacte établit clairement une solidarité politique et une clause de défense collective. Il ne permet pas d’affirmer qu’il crée un parapluie nucléaire pakistanais, une structure militaire intégrée ou un mécanisme comparable dans son fonctionnement à celui de l’OTAN.
Premières réactions régionales
Les premières réactions ont reflété cette ambiguïté entre dispositif défensif affiché et nouvel élément du rapport de forces régional. En Iran, Ebrahim Rezaei, membre de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement, a critiqué l’accord et estimé qu’il ne garantirait pas la sécurité de l’Arabie saoudite. Cette prise de position parlementaire ne constituait toutefois pas, dans les premières heures suivant la signature, une réponse officielle du gouvernement iranien.
Bahreïn a au contraire accueilli favorablement le pacte, en le présentant comme complémentaire du système de défense collective du Conseil de coopération du Golfe. La Somalie a également salué l’accord. En Inde, dont les relations avec le Pakistan restent marquées par une rivalité stratégique durable, le ministère des Affaires étrangères a indiqué à Reuters suivre attentivement le développement. Le cabinet du Premier ministre israélien n’a pas souhaité commenter immédiatement.
La principale inconnue reste désormais celle de la mise en œuvre. Après l’engagement politique solennel pris à La Mecque, les trois capitales doivent encore rendre visible ce que leur « défense commune » recouvre concrètement en matière de planification, d’industrie, d’entraînement, de renseignement et, surtout, de réponse à une future attaque. Tant que ces mécanismes ne seront pas précisés, la clause signée le 7 août sera plus explicite sur le principe de solidarité que sur la manière dont celui-ci serait appliqué.

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