Dans les premiers échanges asiatiques, lundi 13 juillet, le baril de Brent de la mer du Nord gagne 2,34 dollars, soit 3,08 %, pour atteindre 78,35 dollars. Le West Texas Intermediate américain progresse de 2,21 dollars, soit 3,09 %, à 73,62 dollars.

Cette hausse intervient après plusieurs jours de frappes et de représailles autour du détroit d’Ormuz. Les opérations américaines menées dimanche contre des installations iraniennes ont été suivies d’attaques revendiquées par Téhéran contre des implantations militaires américaines dans plusieurs pays du Golfe. La séquence menace le fragile arrangement conclu en juin entre les États-Unis et l’Iran, qui devait permettre une reprise graduelle de la navigation et ouvrir une période de négociations de soixante jours.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a averti qu’« un retour à des hostilités à grande échelle aurait des conséquences catastrophiques pour les peuples de la région, pour la paix et la sécurité internationales et pour l’économie mondiale ». Il a appelé les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à reprendre les négociations.

Six traversées recensées dimanche

Au même moment, six navires seulement ont franchi le détroit dimanche, d’après les données de suivi de Kpler. Il s’agit du niveau quotidien le plus faible depuis cinq semaines.

Ce chiffre tranche avec les quelque 140 passages enregistrés chaque jour avant le déclenchement de la guerre, selon une structure multinationale placée sous la supervision de la marine américaine. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de mesurer le volume exact de pétrole transporté. L’Agence américaine d’information sur l’énergie avertit que les signaux d’identification automatique des navires sont devenus particulièrement difficiles à interpréter depuis la fin de février.

Avant le conflit, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers franchissaient quotidiennement Ormuz, soit l’équivalent d’environ 20 % de la consommation mondiale. Peu d’infrastructures terrestres permettent de détourner des volumes comparables vers la mer Rouge ou l’océan Indien.

Donald Trump a assuré dimanche que « le détroit d’Ormuz est ouvert au trafic commercial ». Téhéran avait affirmé quelques heures auparavant l’avoir fermé jusqu’à nouvel ordre, après avoir frappé un navire qui aurait emprunté, selon les autorités iraniennes, un itinéraire non autorisé.

Les gardiens de la révolution ont ensuite annoncé qu’« un second navire accusé d’avoir enfreint la réglementation dans le détroit d’Ormuz a été frappé ». Cette affirmation n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Les déclarations contradictoires de Washington et de Téhéran ne dissipent pas l’incertitude. L’état du passage se mesure désormais moins aux annonces officielles qu’au nombre de compagnies, d’équipages et d’assureurs disposés à y engager des bâtiments.

Un nouveau cycle de frappes

Les forces américaines ont lancé dimanche plusieurs vagues de frappes contre l’Iran. Le Commandement central des États-Unis a déclaré avoir visé environ 140 objectifs, parmi lesquels des sites de lancement de missiles et de drones, des dépôts de munitions, des équipements de communication et d’autres installations militaires.

Selon le Commandement central, ces frappes doivent « réduire la capacité de l’Iran à attaquer les marins civils et les navires commerciaux qui transitent librement par le détroit ». Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a employé un ton plus direct. « L’Iran a fait un mauvais choix. Il en paie maintenant le prix », a-t-il écrit.

Les médias d’État iraniens ont reconnu des explosions en plusieurs points du pays. Le gouverneur de l’île de Qeshm, proche du détroit, a fait état de projectiles dirigés contre des objectifs militaires sans signaler de victime. L’étendue des dégâts annoncés par Washington n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Les États-Unis présentent leurs frappes comme une réponse à l’attaque, samedi, d’un porte-conteneurs battant pavillon chypriote qui naviguait le long des côtes omanaises. Le bâtiment a subi d’importants dommages dans sa salle des machines, selon l’armée américaine. L’autorité maritime d’Oman a indiqué avoir secouru 23 membres d’équipage. Un marin indien restait porté disparu.

L’Iran a ensuite lancé des missiles et des drones contre plusieurs pays abritant des forces américaines. Les gardiens de la révolution ont affirmé avoir visé notamment la base américaine d’Al-Udeid, au Qatar, des installations militaires en Jordanie et des infrastructures utilisées par les forces américaines à Oman. Les résultats opérationnels revendiqués par Téhéran n’ont pas été confirmés par les pays concernés.

Au Qatar, trois personnes, dont un enfant, ont été blessées par des éclats provoqués par les interceptions, selon le ministère qatari de l’Intérieur. Le Koweït a fait état de dégâts sur des postes frontaliers et sur une plateforme de la Kuwait Oil Company. Des attaques ont également été signalées par les autorités d’Oman et de Jordanie.

Oman, qui joue un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran, a convoqué l’ambassadeur iranien. Le ministère omanais des Affaires étrangères a exprimé sa « profonde consternation devant ces actes irresponsables » et rappelé la nécessité de respecter « la souveraineté des États, les relations de bon voisinage et la non-ingérence dans les affaires intérieures ».

À Téhéran, le président du Parlement et négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a accusé Washington de ne pas respecter ses engagements. « L’ère des accords à sens unique est terminée. Nous vous l’avions dit. Tenez parole ou payez le prix. La réalité frappe à la porte », a-t-il écrit dimanche.

Cette confrontation nourrit un enchaînement déjà observé depuis le début de juillet. Une attaque contre un navire entraîne une riposte américaine, suivie de tirs iraniens contre des intérêts régionaux ou des pays accueillant des installations militaires des États-Unis. Chaque cycle réduit la marge des médiateurs et accroît le risque supporté par la navigation commerciale.

Une offre revenue, mais encore amputée

La tension survient alors que le marché pétrolier commençait à absorber une partie du choc provoqué par le conflit déclenché le 28 février par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. L’accord provisoire conclu en juin avait facilité une reprise des sorties de brut du Golfe et entraîné un repli des cours, après un sommet supérieur à 120 dollars le baril pendant la guerre.

Cette amélioration demeure partielle. L’offre mondiale a augmenté de 4,1 millions de barils par jour en juin pour atteindre 98,8 millions de barils, selon l’Agence internationale de l’énergie. Elle reste néanmoins inférieure de 9,4 millions de barils par jour à son niveau d’avant-guerre.

Les exportations pétrolières du Golfe, y compris celles qui contournent Ormuz, ont atteint 16,1 millions de barils par jour en juin. Elles s’établissaient autour de 24 millions avant les hostilités. Les exportations de produits raffinés et de gaz de pétrole liquéfié sont restées inférieures à la moitié de leur niveau antérieur au conflit, plusieurs raffineries exportatrices de la région n’ayant pas encore redémarré.

Le marché dispose donc d’un amortisseur moins épais qu’avant la guerre. Les stocks observés dans les pays de l’OCDE ont encore diminué de 62 millions de barils en juin, malgré les prélèvements effectués dans les réserves publiques. Une baisse durable des traversées d’Ormuz pourrait contraindre les producteurs du Golfe à réduire leur extraction, faute de capacités suffisantes pour évacuer leur brut.

Le marché ne parie pas encore sur une rupture totale

La progression d’un peu plus de 3 % reste mesurée au regard des envolées enregistrées lors des premières semaines de la guerre. Les opérateurs semblent encore considérer les affrontements actuels comme une escalade à l’intérieur d’une trêve fragilisée, et non comme son effondrement définitif.

Ce pari explique que le Brent demeure très inférieur à son sommet de guerre. Il repose toutefois sur l’hypothèse d’une reprise rapide des discussions et d’une stabilisation du trafic. Les violences du week-end réduisent désormais la perspective d’un règlement rapide et compromettent la restauration des flux pétroliers envisagée au début de l’été.

L’accord de juin devait transformer une suspension précaire des hostilités en compromis durable. Ormuz en est devenu le principal point de blocage. Washington revendique la liberté de navigation dans une voie internationale. Téhéran soutient qu’il doit pouvoir contrôler les passages et empêcher les itinéraires qu’il juge hostiles. Les États riverains cherchent à protéger leurs exportations tout en évitant que leurs territoires et leurs installations énergétiques ne deviennent des cibles de représailles.

Le prochain mouvement des cours dépendra moins des communiqués annonçant l’ouverture ou la fermeture du détroit que de la reprise effective des traversées. Tant que les navires resteront rares à l’entrée d’Ormuz, la trêve conservera l’apparence d’un accord et le marché pétrolier continuera d’en mesurer chaque fissure.