« Israël rejette le document en quinze points », a déclaré le Premier ministre à l’ouverture de la réunion hebdomadaire du gouvernement. Il a ajouté que l’armée israélienne n’effectuerait aucun retrait avant un désarmement « véritable » du Hamas, portant sur les armes lourdes comme sur les armes légères.
Le chef du gouvernement a toutefois indiqué que les discussions se poursuivaient avec Washington. Les Américains ont des idées dont certaines sont acceptables pour Israël et d’autres non, a-t-il expliqué. Dans les heures suivant la déclaration, la Maison Blanche n’avait pas réagi directement.
Cette déclaration rend explicite le désaccord apparu dès l’annonce de la dernière version du texte, le 30 juillet, par le président américain Donald Trump. Celui-ci avait présenté comme un « accord historique » l’engagement du Hamas et d’autres groupes armés à se désarmer. Israël n’avait toutefois pas approuvé la feuille de route.
L’expression de plan Trump en quinze points simplifie une élaboration plus collective. Le haut représentant du Conseil de paix pour Gaza, Nickolay Mladenov, en avait présenté l’architecture au Conseil de sécurité le 21 mai. Son bureau l’a préparée avec les quatre garants du cessez-le-feu, les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie, puis révisée après des consultations avec les factions palestiniennes.
Un désaccord sur l’ordre des étapes
Le texte obtenu et vérifié par l’Associated Press ne propose pas un retrait israélien sans contrepartie. Il organise une succession d’étapes conditionnées par la vérification des engagements précédents. Son huitième point prévoit que la neutralisation et le stockage des armes lourdes, des sites de production militaire, des dépôts et des tunnels soient liés à un retrait israélien par phases.
Ce processus ne commencerait qu’après trois préalables. Israël et les factions palestiniennes devraient achever leurs obligations encore pendantes au titre du protocole de Charm el-Cheikh, notamment l’arrêt des opérations militaires. Le Comité national pour l’administration de Gaza, composé de technocrates palestiniens, devrait entrer dans le territoire. Une Force internationale de stabilisation devrait aussi s’y déployer.
Un Comité international de vérification réunissant les garants, le Conseil de paix présidé par Donald Trump et la force multinationale serait chargé de certifier chaque étape. À la fin du processus, seul le comité palestinien serait autorisé à détenir, stocker ou contrôler des armes à Gaza. Les armes de la police lui seraient transférées et les armes personnelles relèveraient d’un système palestinien d’enregistrement et de licences.
La feuille de route vise donc bien un monopole public des armes, mais elle ne prescrit pas que chaque arme soit immédiatement remise ou détruite. Elle autorise le stockage de certains armements sous autorité palestinienne et laisse au futur comité la réglementation des armes personnelles. Pour Israël, cette formulation ne garantit ni la disparition rapide des armes légères ni l’impossibilité de les réutiliser.
Netanyahou demande désormais que le Hamas soit entièrement désarmé et que Gaza soit démilitarisée avant tout mouvement de troupes. Le porte-parole du gouvernement israélien Doron Spielman avait expliqué le 2 août qu’un redéploiement prématuré risquait, selon Israël, de permettre au mouvement palestinien de reconstruire ses capacités et de menacer de nouveau les localités israéliennes.
Des responsables informés des échanges ont aussi indiqué à l’Associated Press qu’Israël voulait conserver sa liberté d’action militaire à Gaza, exclure le Qatar et la Turquie du mécanisme de vérification et obtenir la destruction des armes saisies. Ces demandes n’ont pas été exposées publiquement dans leur intégralité par le gouvernement israélien.
Le calendrier reste bloqué
Nickolay Mladenov avait rencontré Netanyahou le 3 août. Le Conseil de paix avait qualifié l’échange de constructif et réaffirmé que l’objectif était la neutralisation complète des armes dans le territoire et le passage à une administration civile. Le lendemain, Netanyahou avait déjà déclaré que le projet transmis par Washington n’était pas celui d’Israël et que son gouvernement avait envoyé ses observations.
Le refus annoncé dimanche empêche, à ce stade, de lancer le mécanisme prévu. La feuille de route accorde quatorze jours, éventuellement prorogeables, pour établir le calendrier et les modalités de mise en œuvre après son approbation par toutes les parties. Sans assentiment israélien, ce délai ne commence pas et l’entrée du comité technocratique à Gaza reste suspendue.
Le blocage touche l’ensemble de l’architecture, pas seulement les positions militaires. Le comité technocratique doit reprendre les services publics et la sécurité intérieure. La force internationale doit séparer ses zones de celles de l’armée israélienne, former la police palestinienne et protéger l’aide humanitaire. La reconstruction doit ensuite être planifiée et financée sous la supervision du Conseil de paix et de l’administration palestinienne.
Le Hamas maintient de son côté son adhésion sous conditions. Bassem Naim, membre de son bureau politique, a déclaré dimanche que le mouvement demeurait engagé envers la feuille de route et attendait des médiateurs et des États-Unis qu’ils fassent pression sur Netanyahou. Le mouvement subordonne l’application de ses engagements à l’arrêt des frappes, au retrait israélien et à l’installation des mécanismes civils et internationaux prévus par le texte.
Le document ne prévoit pas la remise des armes à Israël ou à une partie non palestinienne. Les armes lourdes et celles des milices seraient neutralisées ou stockées sous l’autorité du comité de technocrates. Des responsables américains et du Conseil de paix ont estimé que la neutralisation des armes lourdes et des infrastructures pourrait prendre de 200 à 350 jours, mais cette estimation ne figure pas dans la feuille de route publiée.
Le cadre politique également rejeté
Netanyahou a réaffirmé dimanche qu’aucun État palestinien ne verrait le jour, ni à Gaza ni en Cisjordanie, tant qu’il resterait Premier ministre. La feuille de route n’établit pas un tel État, mais elle affirme que sa mise en œuvre doit créer les conditions d’une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien.
Le texte en quinze points est un instrument d’application du plan en vingt points présenté par Trump en septembre 2025. Israël avait accepté ce cadre, qui prévoyait déjà le désarmement du Hamas, un retrait israélien progressif, une administration palestinienne transitoire et une force internationale. Le Conseil de sécurité des Nations unies l’a entériné le 17 novembre 2025 par la résolution 2803, adoptée par treize voix et deux abstentions.
La première phase a permis la libération ou la restitution des derniers otages détenus à Gaza et a mis fin aux opérations militaires de grande ampleur. Elle n’a pas produit le désarmement, le retrait complet ni la reconstruction prévus dans la phase suivante. Israël contrôle encore environ 60 % de la bande de Gaza, selon l’Associated Press, tandis que les frappes israéliennes et des tirs se sont poursuivis durant la trêve. Israël dit viser des combattants ou répondre à des violations. Le Hamas accuse Israël de ne pas respecter ses propres engagements.
La guerre a été déclenchée par l’attaque conduite par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a tué environ 1 200 personnes et fait 251 otages. L’offensive israélienne a depuis tué plus de 73 000 Palestiniens, selon le ministère de la Santé de Gaza. Ce bilan ne distingue pas les civils des combattants et le ministère affirme que les femmes et les enfants représentent la majorité des morts.
La prochaine échéance inscrite dans le texte reste donc conditionnée à une décision qui manque toujours, l’approbation de la feuille de route par Israël.

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