Les cours du Brent et du WTI évoluent à peine ce lundi, à la veille d’un nouveau rendez-vous diplomatique entre Washington et Téhéran à Genève.
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Les cours du Brent et du WTI évoluent à peine ce lundi, à la veille d’un nouveau rendez-vous diplomatique entre Washington et Téhéran à Genève.

Le pétrole retient son souffle ce lundi 16 février, à la veille d’un nouveau rendez-vous diplomatique entre Washington et Téhéran à Genève. À la mi-journée en Europe, le Brent recule légèrement autour de 67,52 dollars le baril et le WTI s’affiche près de 62,72 dollars, dans un marché peu animé, plusieurs places étant ralenties par des jours fériés en Asie et aux États-Unis.
Derrière cette stabilité apparente, les opérateurs scrutent un double signal. D’un côté, la reprise des discussions sur le nucléaire iranien entre responsables américains et iraniens, annoncée pour mardi à Genève. De l’autre, la montée des tensions militaires, Washington renforçant sa présence navale dans la région tandis que des responsables américains évoquent l’hypothèse d’options opérationnelles plus lourdes en cas d’échec diplomatique.
La semaine dernière, Brent et WTI ont terminé en baisse, après des déclarations du président américain Donald Trump laissant entendre qu’un accord avec l’Iran pourrait être envisagé « au cours du mois » à venir. Un tel scénario, s’il se précisait, est suivi de près par le marché, l’Iran demeurant un acteur potentiellement déterminant via la question des sanctions et des flux.
Les variations restent toutefois limitées, car les signaux sont contradictoires. Des analystes de SEB résument l’asymétrie des risques. Une hausse des tensions pourrait pousser le Brent vers 80 dollars, alors qu’une décrispation le ramènerait vers 60 dollars, écrivent-ils dans une note citée par Reuters.
Côté iranien, la veille de la réunion est marquée par un déplacement à Genève du chef de la diplomatie Abbas Araqchi et par un agenda en deux temps. Une rencontre est annoncée, ce lundi, avec Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, pour des discussions techniques. Le lendemain, un nouveau cycle de pourparlers est attendu avec les États-Unis.
Sur le réseau X, Abbas Araqchi affirme être venu avec « de vraies idées » pour parvenir à un “accord juste et équitable », tout en rejetant l’idée d’une capitulation « face aux menaces ».
Plus largement, Téhéran met en avant l’argument économique. Hamid Ghanbari, responsable de la diplomatie économique au ministère des Affaires étrangères iranien, explique, via l’agence semi-officielle Fars, qu’un accord durable suppose que les États-Unis y trouvent aussi un intérêt rapide, en citant notamment des investissements dans l’énergie et les mines, ainsi que de possibles achats d’avions.
La dimension sécuritaire pèse directement sur la « prime de risque » du baril. Des responsables américains indiquent à Reuters que les États-Unis se préparent à l’éventualité d’opérations pouvant durer plusieurs semaines si le président Donald Trump décidait d’ordonner une attaque, un scénario jugé plus escalatoire qu’un raid ponctuel.
Dans ce contexte, la Maison-Blanche maintient publiquement l’ambiguïté. Anna Kelly, porte-parole, déclare à Reuters que le président « a toutes les options sur la table » concernant l’Iran.
Le dispositif naval est aussi un marqueur politique. L’envoi d’un second porte-avions américain vers le Moyen-Orient, tandis que Donald Trump affirme que cette présence vise à disposer d’un moyen de pression « au cas où » aucun accord ne serait trouvé.
Le volet technique reste central. L’AIEA demande depuis des mois des clarifications sur le sort d’un stock d’environ 440 kg d’uranium enrichi et souhaite reprendre pleinement les inspections, y compris sur des sites touchés lors de frappes antérieures. L’Iran répond avoir autorisé certaines inspections, tout en affirmant que plusieurs sites visés ne seraient pas sûrs et en demandant à l’Agence de clarifier sa position sur les frappes.
Sur le périmètre des discussions, l’écart demeure. Washington souhaite élargir le cadre à des sujets non nucléaires, dont le programme balistique iranien, alors que Téhéran dit limiter la négociation au nucléaire, en échange d’un allègement des sanctions, et refuse une option de « zéro enrichissement ».
Même si la géopolitique domine les gros titres, l’offre mondiale reste l’autre aiguillon des prix. L’OPEP+ s’oriente vers une reprise des hausses de production à partir d’avril, décision qui pourrait être actée lors de la réunion du 1er mars, après une pause de trois mois. Cette perspective limite, à ce stade, l’impact haussier du risque iranien.
En parallèle, l’Agence internationale de l’énergie rappelle, dans ses publications de suivi de marché, que les dynamiques d’offre se lisent aussi à travers les contraintes et exemptions, l’Iran figurant parmi les pays traditionnellement exemptés de quotas dans l’architecture OPEP+.
La séquence diplomatique de Genève dira si la tension se transforme en détente, ou en nouveau palier de confrontation. Pour le marché, l’enjeu est immédiat. Un compromis crédible pourrait comprimer la prime de risque. Un échec, dans un contexte de préparation militaire affichée, pourrait au contraire la réactiver brutalement.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).